Entre Cannes et Mads Mikkelsen, c'est déjà une longue histoire, entamée il y a une quinzaine d'années en compagnie de Nicolas Winding Refn, avec qui il présentait Pusher dans l'anonymat du marché. Depuis, les deux compères ont pris du galon, squattant régulièrement une compétition qui a valu à l'un le prix de la mise en scène pour Drive, à l'autre celui d'interprétation pour The Hunt. Mais si Mikkelsen est désormais ce qu'il convient d'appeler une star, son naturel est demeuré visiblement inchangé: "Personne n'avait vu notre film il y a quinze ans, mais ce fut une expérience géniale, parce qu'on s'est dit: "Et alors? On a fait un super film, et on va enchaîner avec un autre." Je pense avoir toujours cette même énergie. La différence, c'est que nous sommes désormais dans les grandes salles, et non plus dans la rue."
...

Entre Cannes et Mads Mikkelsen, c'est déjà une longue histoire, entamée il y a une quinzaine d'années en compagnie de Nicolas Winding Refn, avec qui il présentait Pusher dans l'anonymat du marché. Depuis, les deux compères ont pris du galon, squattant régulièrement une compétition qui a valu à l'un le prix de la mise en scène pour Drive, à l'autre celui d'interprétation pour The Hunt. Mais si Mikkelsen est désormais ce qu'il convient d'appeler une star, son naturel est demeuré visiblement inchangé: "Personne n'avait vu notre film il y a quinze ans, mais ce fut une expérience géniale, parce qu'on s'est dit: "Et alors? On a fait un super film, et on va enchaîner avec un autre." Je pense avoir toujours cette même énergie. La différence, c'est que nous sommes désormais dans les grandes salles, et non plus dans la rue."Signe d'un désir d'aventure intact, le film qui amène l'acteur à Cannes en ce printemps 2013, c'est Michael Kohlhaas, d'Arnaud des Pallières, l'un des invités surprises de la compétition. Adaptant Heinrich von Kleist, le réalisateur français signe un drame historique déroutant, qui s'apparente, par certains aspects, à un western médiéval -sentiment conforté lorsqu'il souligne avoir cherché, pour en incarner le rôle principal, "l'équivalent d'un Clint Eastwood, avec 30 ans de moins." Soit donc Mads Mikkelsen, prêtant pour le coup ses traits à un riche marchand cévenol qui, victime d'une injustice criante, va tout faire et plus encore pour rétablir son droit. "C'est un homme, un père et un mari merveilleux, mais porté par son besoin irrépressible de justice, qui va devenir une assuétude comparable à celle d'un alcoolique. il ne peut être en paix avec lui-même sans avoir obtenu justice", observe l'acteur danois.De quoi, entre principes et raideur, en faire un personnage unique et ambigu, à même d'attiser son intérêt: "Suivant qu'on l'envisage d'un point de vue ou d'un autre, il s'agit d'un terroriste ou d'un héros. Et si l'on se place au milieu, soit là où je devais me trouver, il s'agit d'un homme égoïste, que sa quête rend aveugle."Décorsetant le film d'époque, le Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières se révèle viscéral et âpre, à l'image d'une expérience qui fut tout sauf un long fleuve tranquille. Le projet est d'ailleurs resté quelques années en suspens, sans que Mikkelsen ne le perde de vue pour autant. "Arnaud est quelqu'un de radical", souffle-t-il, avec un sens aiguisé de l'understatement, avant de revenir sur leur collaboration. "Au départ, j'avais des suggestions et des propositions, qu'il a systématiquement rejetées (rires). Cela ne m'arrive pas souvent, j'ai plutôt de bonnes idées en général, et je lui en ai donc demandé la raison. Il m'a alors expliqué pourquoi cette histoire devait être racontée à sa manière, et pas autrement. J'ai trouvé cela assez fort, et je m'y suis conformé: je devais accepter que, tout comme le personnage était radical, Arnaud le soit pour obtenir ce qu'il voulait." L'acteur n'était pas au bout de ses peines qui dut, dans la foulée, se mettre à l'apprentissage intensif de l'équitation, mais encore du français -rien de comparable avec les notions de russe phonétique assimilées pour Coco Chanel & Igor Stravinsky, de Jan Kounen. "Cela s'est révélé fort ardu, sourit-il. Je ne me permettrais pas de juger la façon dont sonne mon français, mais l'essentiel à mes yeux, était d'évoluer comme je l'aurais fait en parlant danois. Il fallait que je sois libre de jouer: la seule raison pour laquelle un réalisateur fait appel à vous, c'est parce qu'il apprécie votre façon de jouer. Si vous n'en êtes plus capable à cause de la langue, il n'y a aucune raison qu'il vous choisisse. Tant pour la langue que pour monter à cheval, j'ai dû me soumettre à un apprentissage quotidien, pour que cela devienne comme une seconde nature. Que j'aie un accent était presque inévitable. Mais même quand je tourne en danois, les gens doivent lire les sous-titres (rires). Au vrai, et la surprise initiale passée, l'expérience se révèle concluante sur tous les terrains, la présence magnétique et l'impression de force, immuable pour ainsi dire, dégagée par le comédien n'étant certes pas étrangères à la réussite d'un film singulier. La conclusion? "Pour moi, Michael Kohlhaas est un Pusher français. Nous l'avons entrepris sans avoir la moindre idée de ce qu'il en adviendrait, et nous nous retrouvons en compétition à Cannes. Si nous y sommes arrivés, c'est parce que ce film est ce que nous avons voulu qu'il soit..." Sans compromis. RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À CANNES