Circonstances chahutées obligent, c'est en VOD uniquement, et plus d'un an après sa découverte à la Mostra de Venise, que nous arrive The World to Come, le magnifique second long métrage de la cinéaste norvégienne Mona Fastvold, autrice précédemment de The Sleepwalker. Adapté d'un scénario de Jim Shepard et Ron Hansen (révélé par The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford), le film se situe au milieu du XIXe siècle, dans des zones reculées de l'est des États-Unis. C'est là que l'on découvre Abigail (Katherine Watersto...

Circonstances chahutées obligent, c'est en VOD uniquement, et plus d'un an après sa découverte à la Mostra de Venise, que nous arrive The World to Come, le magnifique second long métrage de la cinéaste norvégienne Mona Fastvold, autrice précédemment de The Sleepwalker. Adapté d'un scénario de Jim Shepard et Ron Hansen (révélé par The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford), le film se situe au milieu du XIXe siècle, dans des zones reculées de l'est des États-Unis. C'est là que l'on découvre Abigail (Katherine Waterston), une femme consignant ses impressions et émotions dans un journal intime depuis que la mort de leur fillette l'a irrémédiablement éloignée de son mari, Dyer (Casey Affleck). Et d'affronter les rigueurs de l'hiver en accomplissant mécaniquement ses tâches à la ferme, existence austère et éteinte dont la monotonie est rompue par l'arrivée d'un couple de métayers, Tallie (Vanessa Kirby) et Finney (Christopher Abbott). Entre les deux femmes unies par le vide de leur existence comme par une solitude abyssale que renforce encore leur enfermement dans un environnement à la beauté hostile, une connivence étroite s'installe bientôt qui, insensiblement, va virer à la passion amoureuse... Rythmé par la voix off d'Abigail égrenant les pages de son journal, The World to Come est un drame intime à combustion lente, Mona Fastvold excellant à cerner les sentiments qui affleurent à mots feutrés et à gestes mesurés, feu qui couve que la photographie d'André Chémétoff (remarqué notamment pour son travail avec Christophe Honoré et Romain Gavras) habille de tonalités idoines. Pour autant, c'est plus encore de passion réprimée qu'il est ici question, les deux femmes devant composer avec la pression sociale et les contraintes d'une époque qui ne leur offre guère de perspective, n'était celle de cet hypothétique World to Come vers lequel elles tendent de tout leur être, portées par la force vibrante de leur amour. En quoi Mona Fastvold trouve, sous les atours d'un western en clair-obscur, la matière d'un mélodrame subtil et inspiré, filmant tout en retenue les élans comme les tourments intérieurs de protagonistes qui étouffent dans leurs existences étriquées. Deux femmes à qui Katherine Waterston ( Inherent Vice) et Vanessa Kirby ( Pieces of a Woman) apportent une formidable intensité, achevant de faire de ce film délicat et puissant une incontestable réussite inscrite au carrefour des époques, dans la lignée féconde des Brokeback Mountain, Carol et autre Portrait de la jeune fille en feu. À voir.