C'est pour le moins interloqué que l'on quitte la dernière exposition des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Peu s'en faut pour qu'on se prenne les oreilles entre les mains et que se déforme la bouche comme le personnage hurlant de Munch. Bien sûr, le secteur de la culture n'est pas à la fête mais -était-ce nous à la faveur d'un accès de sensibilité?- on ne s'attendait pas à une telle impression de désolation. En soi, le scénario ne pose pas de problème: jouer la carte de l'auto-recyclage en dévoilant le contenu de ses collections par le biais d'un agencement totalisant témoigne d'une saine écologie muséale. Non, ce qui consterne, c'est la froideur de l'environ...

C'est pour le moins interloqué que l'on quitte la dernière exposition des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Peu s'en faut pour qu'on se prenne les oreilles entre les mains et que se déforme la bouche comme le personnage hurlant de Munch. Bien sûr, le secteur de la culture n'est pas à la fête mais -était-ce nous à la faveur d'un accès de sensibilité?- on ne s'attendait pas à une telle impression de désolation. En soi, le scénario ne pose pas de problème: jouer la carte de l'auto-recyclage en dévoilant le contenu de ses collections par le biais d'un agencement totalisant témoigne d'une saine écologie muséale. Non, ce qui consterne, c'est la froideur de l'environnement, c'est cette impression que le visiteur est totalement laissé face à lui-même tout au long du parcours. On aurait aimé quelque chose comme un guide du visiteur, même si ce n'est pas dans les habitudes de l'institution, pour cheminer parmi les oeuvres. Car ce ne sont pas les quelques pauvres textes muraux qui y font quelque chose. On a mal à sa Belgique de constater l'absence de plusieurs cartels à côté des oeuvres -signaler la lacune à un gardien ne débouche hélas sur rien d'autre que le constat, aussi neutre, peu efficace que surréaliste, de ce vide. Et puis, il y a ce petit détail piquant, une sonnerie qui accompagne au fil de l'exposition. Ce son aigu rythme la découverte en installant une sorte d'arrière-tonalité mentale: celle d'un endroit placé sous respirateur artificiel. Que l'on nous comprenne bien, ce n'est pas l'exposition qui pose un problème, c'est le manque de moyens dont elle semble se faire l'écho. Car du point de vue des oeuvres, il n'y a rien à dire, leur qualité sauve l'affaire. Dès le prologue, l' Utah Circle de Richard Long, une sublime déclinaison land art de pierres aux reflets roses, et un assemblage de bois signé Giulio Paolini, évoquant la libération du langage plastique à l'oeuvre dans l'art moderne et contemporain. Plus loin, on goûte un portait éclatant du Baron Francis Delbeke réalisé en 1917 par Jules Schmalzigaug, peintre qui fut le premier Belge à embrasser le futurisme. Tout aussi réjouissante s'affiche cette Jeune femme (1930) aux allures d'icône que l'on doit à Floris Jespers, avant-gardiste anversois mort en 1965. Mais il n'est pas seulement question de belgitude dans Be Modern comme le prouve quelques temps forts. Parmi les stations à ne pas rater: Deux enfants (1921), à la laideur sublime, d'Otto Dix, ou encore un portrait magnétique de l'acteur Ernst Reinhold peint aux alentours de 1909 par Oskar Kokoschka dont le regard pesant hante longtemps le visiteur. Le clou du spectacle? Sans hésiter Le Pape aux hiboux (1958), géniale réinterprétation d'un tableau de Vélasquez par Francis Bacon dans laquelle l'altération du visage, marque de fabrique du génie britannique, atteint des sommets. On pointera aussi une remarquable Composition T1963-R 10, de 1963, portant la patte existentielle d'Hans Hartung et se présentant comme un sommet d'abstraction lyrique. Sans oublier des acquisitions récentes: Georges Meurant, Rinus Van de Velde et un dispositif de techniques mixtes (films, miroirs...) d'Emmanuel Van der Auwera dont les écrans condensent les menaces liées à la société de surveillance.