Après Hair, disque au psychédélisme en slash fomenté en compagnie de Tim Presley alias White Fence, et la tornade Slaughterhouse, enregistrée avec son band, Ty Segall signe en solo avec Twins son troisième album de l'année ( lire la critique page 35). Le neuvième en quatre ans. Le plus dingue dans cette histoire, c'est que c'est à nouveau une énorme claque. Puis qu'ils tiennent tous la corde pour une place dans les tops de décembre. Ajoutez les splits, les 45 Tours, les Ep's. Les Epsilons, Party Fowl, The Traditional Fools et les Perverts: il y a de quoi se demander si le petit mec de 26 balais cherche à battre John Dwyer (Thee Oh Sees, Coachwhips, Pink and Brown...) au concours du plus gros bosseur de l'industrie musicale. " Dans ce registre, comme Billy Childish, John est imbattable. Il mérite ce titre depuis quinze piges maintenant. C'est hallucinant le nombre de disques de qualité qu'il parvient à enregistrer. "
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Après Hair, disque au psychédélisme en slash fomenté en compagnie de Tim Presley alias White Fence, et la tornade Slaughterhouse, enregistrée avec son band, Ty Segall signe en solo avec Twins son troisième album de l'année ( lire la critique page 35). Le neuvième en quatre ans. Le plus dingue dans cette histoire, c'est que c'est à nouveau une énorme claque. Puis qu'ils tiennent tous la corde pour une place dans les tops de décembre. Ajoutez les splits, les 45 Tours, les Ep's. Les Epsilons, Party Fowl, The Traditional Fools et les Perverts: il y a de quoi se demander si le petit mec de 26 balais cherche à battre John Dwyer (Thee Oh Sees, Coachwhips, Pink and Brown...) au concours du plus gros bosseur de l'industrie musicale. " Dans ce registre, comme Billy Childish, John est imbattable. Il mérite ce titre depuis quinze piges maintenant. C'est hallucinant le nombre de disques de qualité qu'il parvient à enregistrer. " Segall est fair-play. Et en même temps, Dwyer est un peu son grand frère. Le blondinet élevé à Laguna Beach, patelin qui n'a rien à voir, assure-t-il, avec le portrait BCBG qu'en a dressé MTV dans sa vraie fausse émission de téléréalité toute pourrie, habite à San Francisco depuis quelques années et a sorti son premier disque solo sur Castle Face, le label du patron. Dwyer est même son conseiller numéro 1. " Pas en matière d'enregistrement ou sur la manière d'écrire des chansons, glisse-t-il. Je parle de conseils plus pratiques. Genre: dis à ce type d'aller se faire foutre, c'est un enculé. Ou: tu devrais posséder ta propre musique. Tu dois la mettre toi-même sur iTunes pour choper directement le fric." Si San Francisco est réapparu sur la carte du psychédélisme garage et va y rester, il le doit en grande partie à ces deux hommes doués, hyperactifs et viscéralement rock'n'roll... Segall est un pur produit de la Californie. De son propre aveu, elle joue énormément sur celui qu'il est. Ce qu'il fait. Sa manière de voir les choses et d'envisager la vie. Le mec, qui aime affronter les vagues debout sur sa planche, en a la relax attitude. La culture musicale aussi. De la surf music au punk de Los Angeles et d'Orange County. " Les Beach Boys et Dick Dale viennent de patelins proches du mien. La surf music est dans l'ADN du coin. J'ai également beaucoup écouté Black Flag, les Circle Jerks et tout le hardcore de L.A. Son punk. Les Screamers, X, les Weirdos, les Germs... Puis à Orange County, tu avais les TSOL et les compilations Beach Blvd avec The Crowd, Rik L Rik et plein de groupes géniaux. Je suis tombé dedans, je devais avoir 14 ou 15 ans." Twins a été enregistré à la Bauer Mansion, la maison d'Eric Bauer à San Francisco, entre janvier et mai 2012. Ty, qui affirme raconter en général ses propres problèmes dans ses chansons, y parle de personnalité duale, de crise d'identité, de détresse et de maladies mentales, de pétages de plombs... " Comme tous les jeunes, je me pose des questions sur le sens de mon existence et de la vie en général. Je n'avais pas d'idée particulière pour ce disque. Si ce n'est d'utiliser ma pédale fuzz sur tous les titres." Pendant qu'il bossait, Segall s'est jeté pas mal de rock psychédélique sixties et de kraut dans les écoutilles. " Je suis un grand fan de Can. Je viens de découvrir son premier album Monster Movie. Quelle claque. Respect à Malcolm Mooney... Je suis fauché la plupart du temps et je ne peux pas acheter grand-chose mais quand j'ai du fric je me lâche sur les disques." En attendant, si Slaughterhouse était l'album d'un groupe, de musiciens qui écrivaient des morceaux tous ensemble, Twins, c'est le sien. Juste le sien. " Ils sont différents. Je n'ai pas peur que les gens saturent. Et puis, même si ça devait être le cas, je m'en fous. Je ne compte pas enregistrer un disque tous les trois mois. C'est un concours de circonstances que je juge plutôt heureux." Un concours de circonstances dont profitent les labels... " In The Red sort des putain de disques punk. Drag City défend plein de bazars passionnants. Et j'ai aussi sorti des trucs chez Goner. C'est super amusant et excitant d'enregistrer des albums qui possèdent chacun leur propre son pour plusieurs structures." Grand admirateur de Neil Young qui rêve de parler le français pour comprendre les textes de Gainsbourg et flashe sur Rumi, poète mystique persan du XIIIe siècle, Ty Segall est souvent comparé à Kurt Cobain et Jay Reatard. " Ce sont des compliments insensés. Je n'ai pas le droit de commenter ça. C'est tellement cool. Me croire au niveau de ces deux mecs serait sacrément arrogant. Ils sont morts tous les deux en plus. Je n'ai que du respect pour ces types. Ils ont été importants dans mon parcours. Je suis un grand fan des Reatards mais Nirvana a été encore plus décisif. Je m'y suis intéressé vers l'âge de 12 ou 13 ans. Je ne sais pas pourquoi. C'est la question magique quand on parle musique." La magie, Segall a pour l'instant le don de la faire opérer. " Je pense que rien ne serait vraiment différent si aucun de nous à San Francisco ne rencontrait le moindre succès. On glanderait quand même ensemble en buvant des bières et en bouffant des tacos." Un vrai Californien qu'on vous dit. l LE 27/11 AU KREUN (COURTRAI) ET LE 30/11 À L'ATELIER 210 (BRUXELLES). TEXTE JULIEN BROQUET