Les tueurs à gages occupent le devant de la scène cet automne sur Be TV. Après l'excellent Killing Eve de Phoebe Waller-Bridge, c'est au tour de Barry (sorti au printemps dernier sur HBO) d'aligner les victimes dans une série à l'humour noir et corrosif. Barry Berkman est un vétéran des Marines en Afghanistan, reconverti en porte-flingue à la petite semaine, faute de mieux. Son agent, Fuches, lui trouve des boulots pas très reluisants aux quatre coins des États-Unis. Entre deux coups, Barry vit dans un appartement miteux du Midwest. Ça sent l'ennui et le cafard, jusqu'à ...

Les tueurs à gages occupent le devant de la scène cet automne sur Be TV. Après l'excellent Killing Eve de Phoebe Waller-Bridge, c'est au tour de Barry (sorti au printemps dernier sur HBO) d'aligner les victimes dans une série à l'humour noir et corrosif. Barry Berkman est un vétéran des Marines en Afghanistan, reconverti en porte-flingue à la petite semaine, faute de mieux. Son agent, Fuches, lui trouve des boulots pas très reluisants aux quatre coins des États-Unis. Entre deux coups, Barry vit dans un appartement miteux du Midwest. Ça sent l'ennui et le cafard, jusqu'à ce que Fuches lui propose un contrat à Los Angeles, pour tuer un bellâtre coach sportif, amant de la femme d'un chef mafieux tchétchène. Alors qu'il le file jusque dans son cours de théâtre, Barry est pris dans un enchaînement de quiproquos au terme duquel il se trouve enrôlé avec les autres aspirants comédiens, qui l'accueillent à bras ouverts. Pas franchement raccord avec son emploi du temps, sa nouvelle passion va l'amener à changer de vie, à bazarder les gros bras cassés tchétchènes, son agent, son identité et à tromper la vigilance de la police... Bill Hader y trouve un grand rôle, presque un contre-emploi, où l'ancien taulier de Saturday Night Live peut sortir de son registre comique cabotin (où il brille) pour entrer dans la peau de ce tueur dépressif, qui traîne un spleen collant comme une chique et tire la plupart du temps une trogne comme s'il souffrait d'entérite chronique. Affûté quand il s'agit d'aligner ses victimes, affronter les mafieux ou les dealers, il fond comme le beurre devant sa camarade de cours Sally (Sarah Goldberg), archétype de l'aspirante comédienne perdue dans un besoin de reconnaissance abyssal et un rapport de séduction imposé par un business sexiste, ou quand il suit les conseils de son prof de théâtre Gene (Henry "Fonzie" Wrinkler, parfait en gourou vénal et acteur frustré). La série joue très bien de la tension entre ces deux mondes que Barry va tenter de tenir éloignés des vanités de L.A., cette Terre Promise qui attire et recrache ceux qui rêvent de gloire cinématographique. Hader a créé la série avec Alec Berg, qui a fait ses classes comme scénariste pour la série Seinfeld. On retrouve dans les mésaventures de Barry et de son entourage cet humour des rebondissements absurdes et de quotidien qui trébuche, cette comédie acide des chassés-croisés et de l'équivoque. Cela donne le plus souvent des moments hilarants, les gags alternant avec de vrais moments de tension. Malgré de grosses ficelles et une caricature d'Hollywood un peu trop appuyée, Barry vise le plus souvent juste, se fait touchant... et passe à la sulfateuse la police, la pègre, les vanités, l'ego trip artificiel du cinéma et la mélancolie de son personnage principal.