Une série HBO créée par Alan Ball. Avec Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell. Coffret 5 DVD. Dist: Warner.
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Une série HBO créée par Alan Ball. Avec Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell. Coffret 5 DVD. Dist: Warner. "True Blood est moins une série sur les vampires que sur la façon dont les gens réagissent à ce qui les effraie, ce qu'ils ne comprennent pas", nous assurait en 2008 Stephen Moyer, vampire vedette de la série. Et pas un épisode de cette première salve joyeusement sanguinolente pour venir lui donner tort en effet. Le pitch? Des scientifiques japonais ont mis au point un sang de synthèse commercialisé sous le nom de Tru Blood (sans le "e"). Vendu en bouteilles, il offre aux vampires la possibilité de se passer désormais de sang humain. Et, par la même occasion, de sortir de l'ombre pour tenter de s'intégrer socialement. Illustration à Bon Temps, bourgade moite de Louisiane où, sur fond de meurtres en série, se dessinent les amours sulfureuses entre Bill Compton (Stephen Moyer), immortel aux dents longues, et Sookie Stackhouse (Anna Paquin), serveuse bonasse d'un bouge accueillant aussi bien les pâlots buveurs de sang que les rednecks afonneurs de Bud. Pour un divertissement jonglant sans cesse entre premier et second degré, et inscrivant ses enjeux à la pile croisée entre bluette sentimentale à visée pré-pubère et slasher movie défoulatoire. Avec une bonne dose de sexe et quelques belles giclées de gore qui tache. Tout pour plaire au plus grand nombre en somme, ce que des audiences historiques pour HBO n'ont pas manqué de confirmer. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Sous la peau lisse et quelque peu blafarde du show palpite un sous-texte passionnant, annoncé dès le générique, crade, déviant, porté par la country poisseuse de Jace Everett. Autour de la brave Sookie se dessine en effet une galerie de personnages inquiétants: junkies, dealers, obsédé sexuel, gigolo pédéraste, tueur fou. Tandis que dans l'ombre de Bill le romantique grouille un bestiaire allumé de vampires décadents. Et entre ces 2 pôles de s'instaurer un vertigineux réseau de fluides -salive, sperme et sang. Cette dynamique entre surface et profondeur, apparences et pulsions, tient toute entière dans le don de Sookie, capable de lire dans les pensées les plus intimes du tout commun. Elle est le lien entre le visible et l'invisible, le dicible et l'indicible. Et c'est ici que se marque l'empreinte d'Alan Ball (créateur de Six Feet Under, scénariste d'American Beauty), capable d'articuler sous la façade d'un divertissement de genre somme toute prévisible un vrai discours sociétal, nuancé et complexe. Comment en effet ne pas voir dans cette communauté de vampires peinant à s'intégrer le reflet de l'Amérique des minorités qui en ont bavé pour obtenir droits et considération? Difficile, surtout, de ne pas y voir une métaphore de l'histoire de cette communauté gay US à laquelle Ball appartient. Las, si la sortie en DVD de cette 1resaison coïncide quasiment jour pour jour au lancement d'une 3e rasade de True Blood sur les écrans américains, elle vient surtout nous rappeler que la série s'est empressée, à tort, d'évacuer cette dimension de fable sur la tolérance au détour d'un virage pour le moins outrancier -une seconde saison grand-guignolesque à peine regardable. En complément, outre les traditionnels commentaires audio, un cheap mais amusant mockumentary s'attachant à creuser les diverses implications que supposerait une cohabitation humains-vampires dans l'Amérique d'aujourd'hui.l Nicolas Clément