L'objet en soi est déjà beau -un petit format à l'italienne, proposant une case muette par page, pendant 365 pages, chacune réalisée à l'encre et l'aquarelle- mais la performance ne l'est pas moins: ces nouvelles Nouvelles Aventures de Lapinot sont, comme souvent chez Trondheim, nées d'un défi et d'une contrainte: réaliser, chaque jour, depuis le 1er janvier 2018 et pendant exactement un an, un dessin dans son carnet Moleskine, le poster sur Instagram, et construire peu à peu une histoire qui se tient et peut même être haletante, même si elle se ...

L'objet en soi est déjà beau -un petit format à l'italienne, proposant une case muette par page, pendant 365 pages, chacune réalisée à l'encre et l'aquarelle- mais la performance ne l'est pas moins: ces nouvelles Nouvelles Aventures de Lapinot sont, comme souvent chez Trondheim, nées d'un défi et d'une contrainte: réaliser, chaque jour, depuis le 1er janvier 2018 et pendant exactement un an, un dessin dans son carnet Moleskine, le poster sur Instagram, et construire peu à peu une histoire qui se tient et peut même être haletante, même si elle se déroule sans un mot. Un an plus tard (oui, Lewis s'est pris au jeu et a triché, le livre était déjà imprimé en novembre), ce passe-temps très "oubapien" (d'OuBaPo, Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle, mouvement créé dans le giron de l'Association) est devenu l'un de ses meilleurs opus, pourtant noyé dans un océan de sorties très diverses, mais finalement très bien résumées ici, dans ces Herbes folles: des aquarelles comme dans ses Petits Riens, un scénario plein de monstres et de rebondissements qui lorgne vers Ralph Azham ou vers Donjon, qui s'offre du fantastique comme dans Density ou Infinity 8, avec des gags comme dans L'Atelier Mastodonte, avec Lapinot en principal avatar comme il le fait depuis près de 30 ans, avec du muet, des contraintes... Ces herbes sont folles, mais surtout 100% "trondheimiennes". Lapinot, donc, se promène dans la ville. Une ville peu à peu puis tout à fait envahie d'une étrange végétation sauvage et peu amène, qui semble mener tout droit à une nouvelle dimension, parallèle et remplie d'êtres étranges, eux-mêmes hostiles! Richard va évidemment rejoindre son copain Lapinot dans ce qui s'avérera être une épopée échevelée comme Lewis aime, aussi, en narrer, pleine de bagarres, d'émotion, de bizarreries, de coups de théâtre et même d'un peu de vomi. Un récit long et dense malgré l'étroitesse de son format, qui confirme que Trondheim n'est pas lassé de raconter, même après 30 ans de carrière et près de 150 albums à son actif, que du contraire: dans la foulée d'Angoulême et de la sortie de ce deuxième tome du retour aux affaires de Lapinot, après Un monde un peu meilleur en 2017, Trondheim a annoncé, avec son vieux complice Joann Sfar, le retour de Donjon, leur fameuse saga aux multiples dessinateurs, pourtant annoncée achevée en 2014. Visiblement, c'est reparti pour un tour: cinq albums sont écrits et ont déjà été fournis à cinq dessinateurs, et deux autres sont en cours d'écriture. La fin, dans le même temps, des séries de L'Atelier Mastodonte et d' Infinity 8, n'aura donc pas suffit à ralentir sa production. Qui s'en plaindra?