Formé à la fameuse École de ?ód?, Roman Polanski a déjà réalisé une dizaine de courts métrages mais n'a pas encore 30 ans quand il signe, en 1962, Le Couteau dans l'eau, son premier long. Tourné en Pologne, le film prend la forme d'une espèce de huis clos au grand air -sur un voilier- avec seulement trois personnages, entre lesquels naissent rapidement des tensions et des rivalités absurdes, dans un climat d'angoisse latente empruntant au thriller. Écrit en compagnie de Jerzy Skolimowski, le futur réalisateur de Deep End, cet exercice de style troublant et maîtrisé qui annonce la société de consomm...

Formé à la fameuse École de ?ód?, Roman Polanski a déjà réalisé une dizaine de courts métrages mais n'a pas encore 30 ans quand il signe, en 1962, Le Couteau dans l'eau, son premier long. Tourné en Pologne, le film prend la forme d'une espèce de huis clos au grand air -sur un voilier- avec seulement trois personnages, entre lesquels naissent rapidement des tensions et des rivalités absurdes, dans un climat d'angoisse latente empruntant au thriller. Écrit en compagnie de Jerzy Skolimowski, le futur réalisateur de Deep End, cet exercice de style troublant et maîtrisé qui annonce la société de consommation, le désir maladif de posséder, sera nommé aux Oscars en 1964, où il finira par s'incliner face au Huit et demi de Fellini. Acte de naissance du nouveau cinéma polonais, le film sera néanmoins mal compris dans son pays et l'accueil mitigé qui lui sera réservé poussera Polanski à s'exiler. C'est donc à Londres, avec Catherine Deneuve, que sera tourné, trois ans plus tard, Répulsion, le premier volet de sa trilogie des appartements maudits. Filmé majoritairement en studio, ce thriller psychologique tendant vers le genre horrifique dépeint le quotidien solitaire d'une jeune femme bourrée d'inhibitions -sexuelles, notamment- que ses troubles psychiques vont conduire vers une impitoyable folie meurtrière. Flirtant parfois assez dangereusement avec l'ennui, le film travaille avec beaucoup d'intelligence le motif de l'oeil et de l'altération de la perception, bien aidé en cela par une mise en scène qui accentue les perspectives pour donner le sentiment d'un intérieur aux dimensions mouvantes fonctionnant également à la manière d'un véritable espace mental. Cette distorsion régulière du décor et des objets ouvre ainsi sur une très anxiogène subjectivation de la folie. L'humeur est radicalement différente, l'année suivante, dans Cul-de-sac, petit film d'atmosphère et de personnages emmené cette fois par la soeur de Deneuve, Françoise Dorléac. Plus ludique et même cabotin, moins dans le contrôle et dans l'angoisse, Polanski s'y fait visiblement plaisir en se livrant à un exercice bien de son goût: une étude de caractères teintée d'humour noir et d'excès bouffons. L'histoire est toute bête: deux gangsters tombent en panne sur une presqu'île alors que la marée monte, et s'immiscent dans la vie d'un couple de châtelains fraîchement mariés. Comme pour les deux autres Blu-ray, le film, dont l'intrigue s'inscrit dans un climat d'attente volontairement flottant, s'accompagne ici de solides suppléments, parmi lesquels certains courts métrages de jeunesse de Roman Polanski.