Dans l'un des entretiens proposés en suppléments DVD du film, Olivier Assayas revendique l'influence du cinéma d'Éric Rohmer sur Doubles vies. Et il y a quelque chose de L'Arbre, le Maire et la Médiathèque, en effet, dans cette virevoltante comédie de caractère où, cinq ans après Sils Maria, le réalisateur français confie un nouveau rôle d'actrice à Juliette Binoche. C'est toutefois une comédienne d'envergure très modeste -se voyant bien un jour jouer Phèdre quand elle en est réduite à faire la flic dans une série télévisée- que cette dernière incarne ici. Soit l'un des éléments phares d'un carré de personnages pris dans un marivaudage sentimental étonnamment...

Dans l'un des entretiens proposés en suppléments DVD du film, Olivier Assayas revendique l'influence du cinéma d'Éric Rohmer sur Doubles vies. Et il y a quelque chose de L'Arbre, le Maire et la Médiathèque, en effet, dans cette virevoltante comédie de caractère où, cinq ans après Sils Maria, le réalisateur français confie un nouveau rôle d'actrice à Juliette Binoche. C'est toutefois une comédienne d'envergure très modeste -se voyant bien un jour jouer Phèdre quand elle en est réduite à faire la flic dans une série télévisée- que cette dernière incarne ici. Soit l'un des éléments phares d'un carré de personnages pris dans un marivaudage sentimental étonnamment solaire évoluant dans l'univers de l'édition à l'heure de la révolution numérique. D'aucuns n'ont pas manqué de taxer Doubles vies de comédie "bavarde", "intello" et "parisienne". Tout cela, le film l'est assurément, mais de la plus belle manière qui soit, objet choral jonglant tout en finesse avec les arguments et les idées, souvent contradictoires, pour mieux dire un monde en pleine mutation. Absolument pas sentencieux, ni moralisateur, Assayas ne juge ni ne condamne personne, le cinéaste préférant d'évidence aimer tous ses personnages d'égale façon. Hypocrites et empêtrés dans leurs contradictions, ceux-ci n'en apparaissent que plus justes, humains et terriblement attachants, dans un film où la mise en scène des corps et de la parole renvoie limpidement à la dialectique du livre et sa dématérialisation. Un bonheur de drôlerie, d'élégance et d'intelligence. Largement plus inquiétante, ou en tout cas inquiète, Binoche campe une sorte de grande prêtresse séminale de l'espace dans High Life, film-trip halluciné à la beauté réfrigérée qui envoie un groupe de criminels embarqués à bord d'un vaisseau-prison dans une étrange odyssée de l'espèce aux confins de la galaxie placée sous le signe des sécrétions corporelles et des tabous qui s'y rapportent. Il y a quelque chose de l'ordre de la transe, mais plus encore de l'hypnose, dans cet objet âpre, exigeant, difficile d'accès, où un Robert Pattinson blême et monacal flirte avec le grand vide, le film de Claire Denis (qui se livre en bonus dans une longue masterclass) détournant les motifs obligés de la science-fiction pour mieux l'amener en terrain métaphysique. De vide, il en est involontairement beaucoup question dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou, où Juliette Binoche incarne une quinqua à la dérive s'inventant sur les réseaux sociaux un avatar plus jeune, plus lisse. Un double virtuel à travers lequel elle se lance dans une histoire d'amour moins impossible qu'intangible, la distance et la protection très relatives que lui offre son écran d'ordinateur se muant rapidement en pièges, en leurres de vérité émotionnelle. Inutilement lourdingue, cette adaptation fumeuse du roman de Camille Laurens s'égare assez grossièrement en formules creuses et définitives sur le virtuel et l'amour. À double vie, double peine, en l'occurrence.