Nantes est sa ville. Il y est né en 1957, y vit et y travaille. Il y aime sans doute, mais de cela aucune notice biographique ne se fera l'écho. Philippe Cognée fait valoir l'un de ces parcours académiques: lauréat de la Villa Médicis en 1990, candidat au Prix Marcel Duchamp en 2004, professeur à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu'en 2015. Un parcours sans histoire? Peut-être. Quoi qu'il en soit, on devine un peintre désireux de s'effacer derrière ses tableaux. Depuis une vingtaine d'années, la grande affaire de Cognée, c'est le banal, ces images de tous les jours qui refusent de se donner en spectacle -autoroutes, maisons de ba...

Nantes est sa ville. Il y est né en 1957, y vit et y travaille. Il y aime sans doute, mais de cela aucune notice biographique ne se fera l'écho. Philippe Cognée fait valoir l'un de ces parcours académiques: lauréat de la Villa Médicis en 1990, candidat au Prix Marcel Duchamp en 2004, professeur à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu'en 2015. Un parcours sans histoire? Peut-être. Quoi qu'il en soit, on devine un peintre désireux de s'effacer derrière ses tableaux. Depuis une vingtaine d'années, la grande affaire de Cognée, c'est le banal, ces images de tous les jours qui refusent de se donner en spectacle -autoroutes, maisons de banlieue, supermarchés ou rues anonymes trouvées sur Google Earth. But de la manoeuvre? Faire "la démonstration du pouvoir de la peinture, de sa capacité à transcender le quotidien", voire ambitionner de "revivifier l'image dans une société qui, par sa surconsommation, conduit à son épuisement".Le poids de cette mission qui devrait être celle de tout peintre, Philippe Cognée a décidé de le porter à la faveur d'une technique bien précise: la peinture à la cire. Pour rappel, ce que l'on nomme aussi peinture à l'encaustique consiste à mélanger des pigments avec de la cire d'abeille chauffée. Il s'agit d'une peinture qui ne sèche pas mais se solidifie, offrant d'intéressants effets de matière. Une fois la couleur appliquée au pinceau, l'artiste recouvre la toile d'un film rhodoïd qu'il repasse au fer, à la façon d'un t-shirt. L'opération écrase littéralement la peinture tout en révélant le canevas, les coups de brosse et les différentes stratifications. Pour sa nouvelle exposition à la galerie Templon, Philippe Cognée donne à voir des scènes d'intérieur glanées au hasard de son parcours personnel. Intérieur avec canapé et tapis rouge, bibliothèque, lit défait, table dressée pour un repas de fête... Autant de cartes postales envoyées depuis une géographie intimiste impossible à retracer mais consignée par le biais de photographies et de polaroids issus des archives personnelles du peintre. Chaque composition, articulée autour d'une palette chromatique assez réduite, semble suspendue, la vie y est comme entre parenthèses. On le sait, l'intéressé ne livre aucune piste biographique afin que chaque regardeur puisse remplir les blancs, écrire ses propres histoires. Les nôtres furent empreintes de tristesse et de nostalgie. On pense à ces dimanches où le temps s'éprouve dans toute sa longueur, à ces serres chaudes où l'on purge les derniers jours d'une existence amère comme une mauvaise chicorée, à ces pièces au-dessus desquelles plane le souvenir encore tiède d'un défunt, à ces êtres flottants que l'on croise dans les romans de Patrick Modiano. Il y a aussi cette lumière puissante, éclatante, brutale, venue de l'extérieur. Elle n'empêche pas les zones d'ombre, ces coins et recoins de l'Histoire que le temps oublie d'emporter. Le grand extérieur est également aperçu depuis Le Paysage, une toile qui réussit le tour de force de suggérer davantage ce qui se trouve en-deçà de la vitre, l'intérieur donc qui n'est que présumé, plutôt que ce sur quoi elle ouvre. Tel est le talent de Philippe Cognée.