Big Little Lies, adaptée du roman Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty (invitée ici comme productrice), racontait avec force et subtilité, dans sa première saison, la violence masculine masquée sous les convenances, la dépendance et la rivalité artificielle entre femmes. Le climax saisissant qui l'a fait basculer est précisément le nouveau noeud de cette deuxième saison. Lorsqu'au dernier épisode, Bonnie (Zoë Kravitz) poussait dans les escaliers Perry, le mari violent de Celeste (Nicole Kidman), et violeur de Jan...

Big Little Lies, adaptée du roman Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty (invitée ici comme productrice), racontait avec force et subtilité, dans sa première saison, la violence masculine masquée sous les convenances, la dépendance et la rivalité artificielle entre femmes. Le climax saisissant qui l'a fait basculer est précisément le nouveau noeud de cette deuxième saison. Lorsqu'au dernier épisode, Bonnie (Zoë Kravitz) poussait dans les escaliers Perry, le mari violent de Celeste (Nicole Kidman), et violeur de Jane (Shailene Woodley), elle devenait le bras armé d'une vengeance autour de laquelle toutes, Maddie (Reese Witherspoon) et Renata (Laura Dern) comprises, se sont regroupées, assumant collectivement le crime et scellant leur sororité d'un mensonge qui devait les absoudre toutes. Sauf qu'il est difficile de se libérer d'un mensonge en en inventant d'autres. Au risque de lancer des réactions en chaîne qui vont curer les couples, les solitudes, les silences et les lignées généalogiques de leurs toxicités. Enfermées dans leur voitures, véhicules de leur charge mentale de mères et réceptacles de leurs confessions de femmes, se cognant symboliquement sur l'horizon factice offert par les baies vitrées de leurs villas de luxe, elles sont prisonnières de leurs maisons de poupées qui, en réalité, sont de verre. Lisibles comme un livre grand ouvert aux yeux de l'inspectrice qui doute de leur version du drame, elles tentent de retrouver une vie normale. C'est sans compter sur l'arrivée de Mary Louise, la mère de Perry, envahissante, obséquieuse et toxique, maîtrisée par une Meryl Streep au sommet de son art. De l'autre côté, Bonnie doit elle aussi affronter le retour de sa mère extralucide, alors qu'un passé trouble et douloureux ressurgit, expliquant plus avant son geste fatal et la dynamique collective qui finira par ressouder le groupe de femmes. Les trois ou quatre premiers épisodes font tourner leur esthétisme autour des problèmes de fond avant de littéralement plonger au coeur de la plaie dans les deux derniers volets, à coup d'ellipses, de flash-back et de ruptures temporelles vertigineuses. On y voit, entre catharsis, aveux et dénégations, se dessiner la violence vécue et transmise par des mères non pas indignes ni mauvaises par nature, mais elles-mêmes terrassées par la douleur, le silence, la pression sociale ou raciale, et délaissées par des maris complètement absents, parce que tout simplement partis ou plus dramatiquement effacés ou encore perdus en enfance.