Deux ans après un Dolor y Gloria à consonance largement autobiographique, Pedro Almodóvar revient avec Madres Paralelas en terrain familier, ces (mélo)drames au féminin dont le cinéaste s'est fait une spécialité. À une nuance près, mais de taille: le réalisateur de Tout sur ma mère s'y révèle plus politique qu'à l'accoutumée (même s'il y eut le précédent La mala educación), se colletant frontalement avec l'Histoire et les blessures enfouies de son pays en remontant jusqu'aux heures sombres de la guerre civile espagnole.
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Deux ans après un Dolor y Gloria à consonance largement autobiographique, Pedro Almodóvar revient avec Madres Paralelas en terrain familier, ces (mélo)drames au féminin dont le cinéaste s'est fait une spécialité. À une nuance près, mais de taille: le réalisateur de Tout sur ma mère s'y révèle plus politique qu'à l'accoutumée (même s'il y eut le précédent La mala educación), se colletant frontalement avec l'Histoire et les blessures enfouies de son pays en remontant jusqu'aux heures sombres de la guerre civile espagnole. Madres Paralelas gravite autour de deux femmes célibataires, se rencontrant fortuitement dans les couloirs de l'hôpital où elles sont sur le point d'accoucher. Si Janis (Penélope Cruz), une photographe à la quarantaine épanouie, se réjouit à la perspective d'élever seule son enfant -le père, marié, est retourné auprès de sa femme-, Ana (Milena Smit), une adolescente ignorant de qui elle est enceinte et délaissée par ses parents, ne peut masquer sa détresse profonde. Et leurs destins de se trouver aussitôt inextricablement liés, le film étant placé sous le signe de ces familles recomposées dont Almodovar s'est fait le chantre. À quoi un secret aux conséquences dévastatrices, mais aussi les méandres de l'Histoire viendront ajouter quelques couches. L'une, et non la moindre, tenant aux fouilles qu'a décidé de faire entreprendre Janis pour retrouver les restes de son arrière-grand-père et des autres villageois sympathisants républicains ayant été exécutés par les Phalangistes avant que leurs corps ne soient balancés dans une fosse commune. Une entreprise dans laquelle elle va recevoir le concours d'Arturo (Israel Elejalde), archéologue de profession, et par ailleurs le père de son enfant... Il n'y avait sans doute qu'Almodóvar pour imaginer semblable scénario, déclinant ses humeurs variées sur un fil à la fois tortueux et d'une confondante limpidité. L'art avec lequel le cinéaste en ajuste jusqu'aux plus infimes détails, de rebondissements en retournements à répétition, est un pur régal. Madres Paralelas fait résonner tragédie intime et destin collectif, mais aussi rimer les générations en sinuant lumineusement entre présent et passé pour mieux regarder vers l'avenir. Si l'architecture du récit force l'admiration, la mise en scène n'est pas en reste, qui s'avère un modèle de maîtrise, jusque dans la manière dont le réalisateur libère l'émotion, vibrant au diapason de ses protagonistes. En quoi il trouve en Penélope Cruz une alliée de choix, l'actrice, récompensée à la Mostra de Venise, signant une composition étincelante venue confirmer qu'elle est bien l'héroïne almodovarienne définitive, trônant dans une galerie où la quasi-débutante Milena Smit, épatante révélation du film, ne dépare certes pas...