Le commandant Christopher Robin est expédié au pôle Sud par le magnat de la presse Herbst. L'entreprise scientifique se révèle être une gigantesque opération publicitaire: "Quand un homme a dérivé sur un iceberg en compagnie d'un ours polaire irascible, ça change son point de vue sur pas mal de choses -notamment les directeurs de journaux." Nous voilà partis: la "Lizzie Borden" est en route. À son bord, une starlette bimbo, M. Mitchell, qui écrit les dépêches quotidiennes, quelques hommes d'équipage, une autruche pour mascotte, bientôt rejoints par un pingouin buveur de whisky... Éditorialiste au New Yorker, Wolcott Gibbs croquait ce Bird Life at the Pole en 1931 avec une solennité comique, une incohérence fiévreuse, une fatale majesté. Dans cette satire burlesque d'une expédition réelle de l'amiral Richard Byrd, il s'adonne au nonsense avec gourmandise (il avait déjà imaginé à quoi ressemblerait la Bible dans un journal à sensation). Une farce énorme où les dernières grandes explorations sont dépeintes comme des cirques médiatiques, simple argument commercial pour encourager le tourisme de masse. Placement de produits, spectacularisation de l'information, fake news, tout est déjà là: "On doit s'attendre à ce genre de choses quand on se laisse embarquer dans le monde du journalisme." Complètement givré!

De Wolcott Gibbs, traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp, Éditions Wombat, 128 pages.

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