Mulatu Astatke / Suite for Ma Dukes / Arthur Verocai

Distribué par Mochilla.
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Distribué par Mochilla. Il n'y a pas que les petits vieux en panne d'inspiration comme Peter Gabriel et Sting pour sortir les cordes, les sax et les trompettes. La preuve aujourd'hui avec Timeless. Une série de 3 concerts exceptionnels imaginée par Mochilla, maison de production fondée par les photographes Eric Coleman et Brian Cross, en hommage à 3 compositeurs/arrangeurs qui ont influencé le hip hop en profondeur. Programmés en février et mars 2009 au Harriet and Charles Luckman Fine Arts Complex de Los Angeles, ces 3 événements enregistrés et filmés font désormais l'objet d'une sortie discographique. Chaque CD étant accompagné d'un DVD en noir et blanc comme pour mieux souligner son aspect intemporel. C'est Mulatu Astatke, le père de l'éthio-jazz, 67 ans, qui a étrenné le concept. Grande source d'inspiration pour des tas de rappeurs ricains, de Nas à Madlib, mais aussi pour un Damian Marley et un Cut Chemist (" musicalement, il a été ma plus grande source d'inspiration"), le vétéran révélé aux oreilles du monde par la bande originale du Broken Flowers de Jim Jarmusch a partagé la scène californienne et revisité ses classiques avec une douzaine de musiciens parmi lesquels les jazzmen Bennie Maupin, Azar Lawrence et Phil Ranelin. Le vibraphoniste, comme quand il bosse avec les jeunes Anglais d'Heliocentrics, s'efface au profit de compositions tantôt jazzy tantôt plus funky. La grande classe. Trois semaines plus tard, même heure, même endroit, Miguel Atwood-Ferguson et un " 60 Piece Orchestra", tour à tour épaulés par Amp Fiddler, Bilal, Posdnuos et autre Talib Kweli, faisaient honneur à l'£uvre de J Dilla. Mort d'un arrêt cardio-vasculaire en 2006, à seulement 32 ans, James Dewitt Yancey a collaboré avec De La Soul, Busta Rhymes, A Tribe Called Quest, et faisait partie de la crème de la crème du hip hop underground made in Detroit. On pouvait s'interroger sur la pertinence de cette relecture avec ensemble classique. Mais pour la petite histoire, Dilla était violoncelliste en son jeune temps. Et on a plutôt tendance à s'émerveiller sur des productions qui ne manquent jamais de relief. Evoquant souvent les B.O. de la Blaxploitation ou le travail d'un Quincy Jones. " C'est brillant. Juste le truc le plus puissant que j'ai entendu depuis longtemps", s'émerveille le DJ Gilles Peterson. Pour achever son étonnant triptyque, Mochilla s'est intéressé à l'incroyable, et plus méconnu, Arthur Verocai. " Je pourrais écouter son disque tous les jours jusqu'à ma mort", déclarait à son sujet Madlib. Avant 2002, le natif de Rio de Janeiro n'avait quasiment sorti qu'un seul album solo au début des années 70. Album qu'il n'avait jamais joué en concert et qu'il essayait lui-même d'oublier, le cachant aux oreilles de son fils. Après son échec retentissant de 1972, époque à laquelle le Brésil subissait le régime dictatorial d'un gouvernement militaire, Verocai s'était mis à composer pour la télévision. Fait qu'il raconte sur le DVD entre ses morceaux de jazz/folk/funk exotique sur lesquels il dirige une quarantaine de musiciens. Une série hautement recommandable qu'on vous dit. l Julien Broquet