Voici quelques années maintenant que Focus fixe un rendez-vous mensuel à ses lecteurs à la Cinematek, pour une séance privilégiée introduite par un critique du magazine et se prolongeant ensuite autour d'un drink. La saison en cours des Focus Nights propose de découvrir, sous l'intitulé "Banc d'essai", les premiers longs métrages de réalisateurs à la veille d'une belle carrière. Le programme du mois de mars voit ainsi...

Voici quelques années maintenant que Focus fixe un rendez-vous mensuel à ses lecteurs à la Cinematek, pour une séance privilégiée introduite par un critique du magazine et se prolongeant ensuite autour d'un drink. La saison en cours des Focus Nights propose de découvrir, sous l'intitulé "Banc d'essai", les premiers longs métrages de réalisateurs à la veille d'une belle carrière. Le programme du mois de mars voit ainsi Michael Cimino succéder à Denis Villeneuve, Lynne Ramsay et autre Naomi Kawase, avec Thunderbolt and Lightfoot ( Le Canardeur en VF), le film qui consacrait, en 1974, son passage derrière la caméra. Le cinéaste américain n'était pas totalement inconnu au moment de se lancer dans cette aventure, ayant signé auparavant les scénarios de Silent Running, de Douglas Trumbull, et Magnum Force, avec Clint "Dirty Harry" Eastwood. Un Eastwood qui, impressionné par son travail et par son ton, lui confiera la réalisation de son projet à suivre. S'ouvrant sur un plan souverain de champs de blé, Thunderbolt and Lightfoot inscrit d'emblée le cinéma de Cimino dans l'espace américain -le Montana en l'occurrence. Il y orchestre, au croisement du road-movie insolite et du film de casse, la rencontre entre Thunderbolt (Eastwood), un ex-truand reconverti en pasteur, et Lightfoot (Jeff Bridges), un jeune chien fou qui va le tirer d'un mauvais pas alors que ses anciens complices viennent lui faire la peau. Le début d'une belle amitié, comme aurait dit le Bogart de Casablanca, qui les verra entreprendre un braquage aux allures d'équipée ironique et mélancolique dans une Amérique en train de disparaître. Soit un film hautement réjouissant, manière, aussi, de jeter les bases de l'oeuvre de celui qui, de The Deer Hunter à Heaven's Gate, s'imposera comme l'un des maîtres du Nouvel Hollywood et l'un des auteurs majeurs du cinéma américain, avant de disparaître insensiblement des radars, signant son dernier film, The Sunchaser, en 1996...