Quels sont vos sentiments au moment de sortir cette somme de 25 années de travail réunies dans ce coffret?

J'ai un peu le sentiment du devoir accompli, d'avoir saisi un pays-continent dans ses différentes facettes, et ce sur 25 ans avec en plus les réminiscences de ce qui s'était passé avant, durant la période coloniale. J'ai traité du politique, du pouvoir (dictatorial avec Mobutu roi du Zaïre, "berlusconien" -mélangeant foot, business et politique- avec L'irrésistible ascension de Moïse Katumbi), de la justice (L'Affaire Chebeya, un crime d'Etat?), de la guerre et de la santé (L'homme qui répare les femmes), de l'économie et de la mondialisation (Katanga Business), de la géographie et de la mythologie (Congo River), de la présence blanche (Les Derniers Colons) aussi.

Filmer le Congo, c'est bel et bien fini pour vous?

J'ai clôturé le cycle. J'ai fait le tour de la question. Je reste branché sur le Congo de manière très active, comme journaliste lanceur d'alerte sur Facebook (1) où je suis très suivi. Mais mon oeuvre de cinéma là-bas est achevée. J'avais besoin d'aller voir ailleurs. Ce qui est étonnant, c'est que cet ailleurs soit si près de chez moi puisque j'ai fait un film (Les Enfants du hasard, voir page 18) sur des enfants de la zone nord de Liège, tous descendants de mineurs, et que j'en tourne à présent un autre sur la sidérurgie dans la zone sud...

De ces dix films, quel est celui que vous jugez le plus abouti? Et lequel est le plus proche de votre coeur?

Le voyage de six mois sur le fleuve, dans un pays en guerre balkanisé par les rébellions, fait de Congo River une expérience unique, qui marque à jamais ma vie et qui me structure. Le plus abouti est sans doute Mobutu roi du Zaïre, avec un gigantesque travail de montage sur de très nombreuses archives, avec aussi la dimension de tragi-comédie rappelant parfois Molière et surtout Shakespeare que j'ai relu pour la dramaturgie du puzzle que composaient les images retrouvées.

(1) FACEBOOK.COM/THIERRYMICHELOFFICIEL/

L.D.