Le jour des attentats de Bruxelles, le 22 mars 2016, était aussi celui de son premier jour de tournage sur Patriots Day, le film de Peter Berg avec Mark Wahlberg qui évoque les attentats visant le marathon de Boston en avril 2013 (lire la critique page 19). Temur Melikidze n'oubliera jamais ce choc, lui qui est belge (d'origine géorgienne) et qui entamait son premier rôle à Hollywood en campant... l'aîné des frères terroristes tchétchènes Tamerlan et Djokhar Tsarnaïev. "La production a très vite fermé le plateau et reporté le travail au lendemain tant l'équipe était bouleversée. Tout le monde venait vers moi, me demandait si ma famille était saine et sauve. Les échos entre ce qui venait d'arriver en Belgique et ce que le film raconte étaient énormes! Mais personne n'a souligné que j'étais belge et que je jouais un terroriste, même si le triste rapprochement était dans mon esprit aussi..."
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Le jour des attentats de Bruxelles, le 22 mars 2016, était aussi celui de son premier jour de tournage sur Patriots Day, le film de Peter Berg avec Mark Wahlberg qui évoque les attentats visant le marathon de Boston en avril 2013 (lire la critique page 19). Temur Melikidze n'oubliera jamais ce choc, lui qui est belge (d'origine géorgienne) et qui entamait son premier rôle à Hollywood en campant... l'aîné des frères terroristes tchétchènes Tamerlan et Djokhar Tsarnaïev. "La production a très vite fermé le plateau et reporté le travail au lendemain tant l'équipe était bouleversée. Tout le monde venait vers moi, me demandait si ma famille était saine et sauve. Les échos entre ce qui venait d'arriver en Belgique et ce que le film raconte étaient énormes! Mais personne n'a souligné que j'étais belge et que je jouais un terroriste, même si le triste rapprochement était dans mon esprit aussi..." Celui que ses amis appellent Themo avait écrit, encore gamin, dans un cahier où il fallait annoncer ses projets dans la vie: "Je veux être comme Bruce Lee et faire des films à Hollywood." Une immigration de sa Géorgie natale en Belgique à l'âge de sept ans, une première notoriété acquise dans les arts martiaux (en Taekwondo) puis un départ pour New York et des études d'art dramatique auront rythmé le parcours déjà impressionnant d'un jeune homme de 25 ans bien décidé à faire son chemin comme d'autres (dont Arnold Schwarzenegger et Jean-Claude Van Damme) l'ont fait avant lui. Et de le faire vite, comme l'y incitait une autre de ses idoles, Jackie Chan, dans une interview à la télévision: "Do it while you're young!" "La jeunesse est l'âge de toutes les audaces, il s'agit de foncer sans trop réfléchir car les années filent très vite, et être trop patient ouvre la porte aux occasions manquées, aux regrets", déclare Themo. Sa formation d'athlète dans les arts martiaux l'a aidé à se focaliser sur ses objectifs, mais il aime aussi célébrer la part prise par son père: "Il a toujours été mon mentor, explique le jeune acteur, et m'a constamment inculqué de tout donner pour ce que je voulais faire, sans écouter ceux qui instillaient le doute. Quand je suis allé voir les gens de la Commission Fullbright à Bruxelles (1) pour obtenir une bourse et aller étudier à la New York Film Academy, ils ont réagi en se marrant et en disant: "Ça va être trop cher, ça ne va pas être possible..." Ma réaction immédiate a été de leur donner tort en me débrouillant moi-même." Il le fit en envoyant une cassette d'audition à l'académie new-yorkaise. Laquelle l'aida ensuite à obtenir sa bourse... Melikidze se souvient du voyage vers la Belgique avec son frère et ses parents. "Ici, tout m'émerveillait, après la pauvreté vécue là-bas! C'était un autre monde: il suffisait de pousser sur un interrupteur pour avoir de la lumière, l'eau courante et chaude était toujours disponible. Et puis la nourriture! Je n'oublierai jamais le jour où j'ai pour la première fois de ma vie mangé une banane! Je l'ai coupée en deux pour garder une moitié pour mon frère, puis je l'ai dégustée avec ravissement. J'étais le gosse le plus heureux du monde!" Son expérience de l'immigration, il l'a vécue avec sa famille comme celle d'une adoption du mode de vie belge. "Je ne suis pas d'accord, dit-il, avec ces immigrés qui arrivent aujourd'hui et qui veulent vivre comme ils vivaient dans leur pays d'origine. Ce n'est pas bien! La moindre des choses, quand un pays vous accueille, est de s'adapter à la vie dans ce pays, de prendre ses coutumes et d'épouser sa culture, ses valeurs..." Le Brugeois vit désormais à Los Angeles, après quelques années passées à New York à étudier puis dans une compagnie théâtrale Off-Broadway (le LiveInTheater). "Quand je suis arrivé à L.A., je n'avais pas les moyens d'acheter une voiture, pourtant indispensable dans cette ville, se rappelle-t-il, alors j'ai loué un vélo et je m'en suis servi pour aller à toutes les auditions possibles." Il n'a fallu que quelques mois pour que vienne la chance de sa vie: le casting de Patriots Day. "Lors de l'audition finale, devant Peter Berg et Mark Wahlberg, je suis entré dans la pièce gonflé à bloc. Ce rôle, il était pour moi et pour personne d'autre!", sourit celui qui a aussi obtenu un personnage dans la série télévisée 24: Legacy. Un sequel du célébrissime 24 (24 heures chrono)dans laquelle il incarne... un terroriste, encore. On devine à quel point le grand brun à la courte barbe et aux dents longues rayonnera quand se présentera son premier rôle sans lien avec bombes et ceintures d'explosifs. "Peut-être sera-ce devant la caméra d'un réalisateur belge comme un de ceux qui peuvent désormais travailler à Hollywood!", s'exclame avec appétit Themo. Il a déjà le même agent que Kevin Janssens, l'acteur flamand qui monte et un de ses meilleurs potes. Il connaît aussi le réalisateur de Rundskop et il ajoute à Bruce Lee, parmi ses exemples, un Matthias Schoenaerts pour lequel il ne cache pas son admiration. "J'aime être inspiré par d'autres, conclut-il, et j'espère devenir moi-même un jour source d'inspiration. Ce serait bien si un gamin qui me voit à l'écran se dit: "Je veux faire comme lui, je peux y arriver moi aussi!"" (1) L'ORGANISME AMÉRICAIN QUI S'OCCUPE DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX D'ÉTUDIANTS. RENCONTRE Louis Danvers