"I Don't Live Here Anymore"

Y a-t-il un possible chemin entre le classic rock à stades, les effluves psychés, l'americana et l'indie? Si cette improbable équation existe, alors The War On Drugs est le plus fortiche des convoyeurs. Les dix chansons de ce cinquième album, comme tant d'autres sous pression Covid, ont été ré...

Y a-t-il un possible chemin entre le classic rock à stades, les effluves psychés, l'americana et l'indie? Si cette improbable équation existe, alors The War On Drugs est le plus fortiche des convoyeurs. Les dix chansons de ce cinquième album, comme tant d'autres sous pression Covid, ont été réalisées en ligne entre les six membres du groupe, dispersés en Amérique du Nord. Mais le travail majeur du disque provient du chanteur-compositeur Adam Granduciel (sacré pseudo), doté d'une magnifique voix rayée, qui ouvre les festivités avec Living Proof. Ballade dylanesque que Bob aurait écrite en dehors de ses heures de misanthropie, avec les plus belles guitares électriques de 2021. On s'y glisse comme dans les neuf autres titres qui dégagent, entre mélancolie virale et vitalité springsteenienne, un formidable désir d'être vivant face à la décrépitude du monde. Si on remet dix fois d'affilée Living Proof, et les slow tempos d' I Don't Wanna Wait ou du sublime Rings Around My Father's Eyes -dédié au père de Granduciel, 90 piges-, c'est parce qu'on touche alors la fibre intime de l'Amérique. Pays aux mille contradictions nauséabondes et talents musicaux majeurs, où TWOD taille sa route, quelque part entre Wilco et Tom Petty. Avec le désir d'expérimenter le son ( Victim) et cette sensationnelle plage titulaire qui appelle les choeurs gospel à la communion générale. L'un des objets sonores de l'année.