Dawn Richard est une guerrière. Il faut assurément l'être quand on a décidé d'embrasser une carrière dans la musique et de plonger dans le grand bain du showbiz. A fortiori quand on a décidé de nager à contre-courant. Le succès? Richard l'a touché des doigts, avant de tout faire pour s'en éloigner.
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Dawn Richard est une guerrière. Il faut assurément l'être quand on a décidé d'embrasser une carrière dans la musique et de plonger dans le grand bain du showbiz. A fortiori quand on a décidé de nager à contre-courant. Le succès? Richard l'a touché des doigts, avant de tout faire pour s'en éloigner. Rappel des faits. En 2005, elle est remarquée lors de la saison 3 du télécrochet américain, Making the Band. Dans la foulée, elle se retrouve signée sur le label Bad Boy, dirigé par Sean Combs, alias P. Diddy. Elle devient alors l'une des cinq membres du girls group Danity Kane, prolongeant la grande tradition des formations pop en préfabriqué. S'il est largement passé inaperçu de ce côté-ci de l'Atlantique, le projet a cartonné aux États-Unis (une première place au Billboard pour le premier album éponyme sorti en 2006). Malgré ça, il ne faut pas longtemps pour que le quintet se délite. Quand Dawn Richard se lance en solo, elle a rompu toutes les amarres avec le mogul P. Diddy. C'est sous son propre pavillon, qu'elle sort Goldenheart, en 2013. Il est le premier chapitre d'une trilogie, complétée par Blackheart (2015), et Redemption (2016). Véritable déclaration d'indépendance, le triptyque a vu non seulement Dawn Richard s'affranchir de ses premières aventures dans le business. Il lui a aussi permis de tracer sa propre voie, en sortant régulièrement des chemins musicaux par trop balisés, croulant désormais sous les louanges des webzines indie, type Pitchfork. Trois ans plus tard, Dawn Richard confirme cet état d'esprit, tout en arrondissant volontiers les angles: New Breed apparaît sans aucun doute comme son album le plus direct et accrocheur. Il ne faudrait toutefois pas se leurrer. Plus que jamais, la chanteuse se veut combative. Sur Spaces, elle insiste: "I had so many men in power telling me I was too brave, too confident, too black, too ugly, too thin/That girl believed 'em, but deep inside, the girl from the Nine said fuck them."Originaire de La Nouvelle-Orléans, elle avait dû fuir sa ville lors du passage de l'ouragan Katrina en 2005, obligée de tout recommencer à zéro. L'an dernier, elle a pu enfin y remettre les pieds. " Nola", pour les intimes, est partout présente dans le disque. Sinon musicalement, du moins en toile de fond. Sur la pochette de son disque, Dawn pose d'ailleurs avec une coiffe d'Indien Washintaw: elle est à la fois un élément classique des défilés du Mardi Gras néo-orléanais et une référence à la tribu de Native Americans qui se veut souveraine et indépendante. Rappelant notamment la vista d'une Janelle Monae, Dawn persiste et signe, traçant sa propre route, entre r'n'b alternatif et soul progressive, capable de mélanger reggae ouateux et frétillements trap ( Jealousy), intro électronique quasi cosmic-kraut ( New Breed) et chaloupes funky ( Dreams and Converse). Ou encore de sampler une interview de Grace Jones pour appuyer son discours féministe . "I am a lion/I am a woman/Nothing can stop me", insiste-t-elle. Dawn is rising...