Posant sa caméra dans un bled modeste de l'Utah profond, le cinéaste américain Robert Machoian alterne entre plans très larges et très serrés comme pour mieux signifier que les grands espaces environnants en disent long sur les sentiments qui habitent ses personnages de l'intérieur: âpres, vastes, tumultueux, au b...

Posant sa caméra dans un bled modeste de l'Utah profond, le cinéaste américain Robert Machoian alterne entre plans très larges et très serrés comme pour mieux signifier que les grands espaces environnants en disent long sur les sentiments qui habitent ses personnages de l'intérieur: âpres, vastes, tumultueux, au bord de l'abîme. Empruntant au récit immémorial du triangle amoureux, The Killing of Two Lovers s'attache plus particulièrement aux tourments de David, père de famille jalousement aimant incapable d'accepter une séparation qu'il pense temporaire mais qui voit sa compagne commencer à fréquenter un autre homme. Réalisé avec style mais sans maniérisme, excellemment interprété, le film semble avoir été le moins découpé possible afin d'y laisser rentrer un maximum de vie, de vérité, mais aussi d'inconfort. Impression renforcée par une bande sonore qui claque et qui gronde, qui crisse et qui grince, participant d'un travail très intéressant de "subjectivation" qui vient aussi bien gratter l'inconscient du spectateur que les plaies béantes d'un protagoniste dont le caractère obsessionnel s'exprime dans un mélange ambivalent de violence toxique et de douceur désespérée. L'amour et la folie sont les deux faces d'une seule et même pièce, semble notamment vouloir nous dire ce fascinant drame rural aux allures de véritable western de la masculinité contrariée. Le cinéma indépendant US à son meilleur.