RÉÉDITIONS CHEZ BERTUS.
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RÉÉDITIONS CHEZ BERTUS. Avant de fonder le trio qui porte son nom, le guitariste-chanteur Jon Spencer défraie les décibels dans les groupes Shithaus et Pussy Galore, respectivement Maison de merde et Chatte à profusion. Dentelle sémantique que ce fils de prof d'univ et de technicienne en cardiologie, né en 1965 dans le New Hampshire, va coudre sur les cendres encore fumantes du punk américain. Son mode opératoire: kidnapper le vieux blues cryptique et lui mettre les doigts dans la gorge jusqu'au réflexe vomitif, couchant sur disque et plus encore en concert, les nausées ainsi obtenues. Pour ce nettoyage gastro, Spencer s'associe au batteur Russell Simins et à Judah (...) Bauer, avec lequel il deale guitares et voix dans une globalité formidablement poisseuse: on en retrouvera ultérieurement l'écho chez The Hives ou White Stripes. La première réédition qui nous concerne, Year One (), est, littéralement, une déjection de 38 morceaux pointant généralement à moins de 2 minutes de spasme graveleux. Il compile les 3 premiers disques du groupe produits entre 1991 et 1993 par Mark Kramer et Steve Albini, dont on retrouve pleinement l'abrupte signature sonore, charnue tendance extrême. Le second album, Extra Width (mai 1993, ***), est plus soucieux des chansons: le cri est toujours primal mais irrigué de perfusions multiples, y compris de soul mutante dans la reprise du Ole Man Trouble d'Otis Redding. Les guitares et le chant plongent dans un bain acide, quelque part entre l'assommoir psychiatrique de Captain Beefheart et le vitriol choral des Bad Seeds de Cave. Les bonus venant du semi inédit Mo' Width et 7 titres live, anormalité cruelle et scanssions à répétition, témoignent d'une fougue hardcore que seul le blues, vieil oncle tutélaire, vient sauver du nihilisme complet. Le cas d' Orange, paru en octobre 1994 (), prolonge la question (méta)physique: jusqu'où peut-on aller dans l'extrême sans décrocher complètement de la civilisation judéo-rock-chrétienne? Réponse -partielle- dans le jeu de guitares, presqu'hendrixien (Ditch) ou ce Flavor poivré où Beck -tout juste sorti de l'anonymat- vient poser sa voix via un coup de téléphone d'Australie... Le loustic slacker se charge aussi d'un remix sur le second disque bonus mais, pas plus que les autres intervenants (GZA, Moby, Mike D, Prince Paul, etc.), il ne parvient à éradiquer la combustion anthracite au c£ur même des chansons. En comparaison, Acme (octobre 1998, ) est une caresse disciplinée, une louche de satin versée dans le vertige plombé, rappelant étrangement les disques de Daan avec Dead Man Ray. Le blues répond toujours présent mais en glissant parfois vers une soul bienveillante (Do You Wanna Get Heavy). Plus funky, l'affaire aux relents névrotiques n'en reste pas moins déconseillée aux fans de Justin Bieber. Deux albums suivront encore en 2002 et 2004, avant que le trio ne se disperse en projets divers. Dans la présente époque de molles convictions sonores, la tornade Spencer déplace, plus que jamais, des montagnes. l PHILIPPE CORNET