"I And Love And You"

Distribué par Sony Music.
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Distribué par Sony Music. Ils ont déjà une discographie longue comme un jour sans blues: une dizaine d'albums et d'EP's, certains live, la plupart restés calés de l'autre côté de l'Atlantique. Peut-être du côté de la Caroline du Nord d'où provient le noyau des 2 frères Scott et Seth Avett, la trentaine. La Caroline en question tutoie le sud, voisine autant le Tennessee que la Géorgie et touche un bout de Virginie: les frères Avett ont grandi à Concord, une ville de 50 000 habitants fondée par les Luthériens. On retrouve ce hochepot grassroots dans leur musique, éponge imbibée qui évoque, dès la pochette aux peintures très XIXe siècle, ce décalage avec le supposé modernisme actuel. Cette distance rend peut-être la musique plus palpable et tactile. Les comparaisons opérées par la presse américaine ne manquent pas: Rolling Stone les a ainsi emballés dans un sac contenant Townes Van Zandt, les Beatles, Buddy Holly et les Ramones. On a aussi suggéré que l'affaire ressemblait à Kings Of Leon, amplis débranchés... A Wilco ou même CSN&Y. On penserait plutôt à une autre filiation, double: la fluidité mélodique rappelle Jackson Browne, le travail sur les harmonies et un goût de cendre pour la terre americana, la combinaison piano/orgue, renvoient peut-être au Band. On est plus dans un univers seventies que dans une proposition futuriste, ce qui confirme que le roots analogique, où tout résonne de façon extra-sensorielle, est déjà le next big thing. La première chanson, qui est aussi la plage titulaire, est une imposante ballade de près de 5 minutes. Elle dessine d'emblée tout ce que le disque porte: un fort soupçon de mélancolie, une propension à donner au piano la place de pivot instrumental, un chant et des harmonies qui soulignent un sens exemplaire de l'espace. Et quand l'orgue vient grassement jeter un pont dans la chanson pour ensuite libérer une voix plus solitaire, on est emporté par la maîtrise de l'ensemble. On est aussi emporté par le son en parfait équilibre organique: tout semble clair et découpé, voix et instruments, sans effets fuzz ou trucages plastiques. En cela, l'album est un disque d'extérieur où tout résonne dans les textes: pluie et vent sentimentaux, caresses des nuages et brûlures de soleil gentiment métaphysiques. Rick Rubin, célébrissime producteur aux travaux multiples (de Johnny Cash aux Red Hot Chili Peppers), a réussi une nouvelle opération de dégraissage: ici, tout semble calibré dans la nécessité. Donc, quand surgissent quelques beaux accords de guitare acoustique ( Ten Thousand Words), ils prennent une juste ampleur. Notre réserve viendrait plutôt de l'un ou l'autre moment rock dans cet océan de tempos lents: ok, Kick Drum Heart est marrant mais ressemble un peu trop à un tube des Buggles privé de ration électronique. Tout cela est aussi révolutionnaire qu'une élection belge, mais constitue un album intensément agréable. Dont la tâche -parfaitement accomplie- est de mettre un peu de lumière dans la glauquerie ambiante. l www.theavettbrothers.com Philippe Cornet