La success story est désormais connue. En 2009, Neill Blomkamp, jeune réalisateur d'origine sud-africaine d'à peine 30 ans, fait un carton avec un premier long métrage produit par Peter Jackson, District 9, objet filmique non identifié convoquant le style mockumentaire pour s'immiscer dans un bidonville de Johannesburg où sont parqués des aliens victimes du racisme ambiant. Ce drôle de film de SF en forme d'allégorie socio-politique récolte les récompenses par brassées, va jusqu'à être nominé pour l'Oscar du meilleur film et impose Blomkamp en geek surdoué promis à une juteuse carrière hollywoodienne.
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La success story est désormais connue. En 2009, Neill Blomkamp, jeune réalisateur d'origine sud-africaine d'à peine 30 ans, fait un carton avec un premier long métrage produit par Peter Jackson, District 9, objet filmique non identifié convoquant le style mockumentaire pour s'immiscer dans un bidonville de Johannesburg où sont parqués des aliens victimes du racisme ambiant. Ce drôle de film de SF en forme d'allégorie socio-politique récolte les récompenses par brassées, va jusqu'à être nominé pour l'Oscar du meilleur film et impose Blomkamp en geek surdoué promis à une juteuse carrière hollywoodienne. Comme il se doit, celui-ci revient aujourd'hui en grande pompe avec un blockbuster d'été censé tout déglinguer sur son passage. Sauf que cet Elysium semble miné, justement, par le syndrome du deuxième film qui a les yeux plus gros que le ventre. Car si Blomkamp impressionne à nouveau visuellement, et ne manque pas d'accommoder son univers d'anticipation -un futur partagé entre une planète bleue surpeuplée aux allures de dépotoir géant et une station spatiale idyllique réservée aux nantis- d'un discours humaniste en prise sur l'actualité, le film se résume rapidement à une surenchère très premier degré d'action un peu vaine, à mille lieues du ton, de l'originalité et de l'humour de District 9. En normal guy aspiré dans une guerre des mondes dont pourrait dépendre l'avenir de l'humanité, Matt Damon fait le boulot. La star s'explique. C'est ma première véritable incursion dans un univers de science-fiction comme celui-là, en effet, et pourtant j'adore des films comme Alien ou Blade Runner. Maintenant, il faut savoir que je n'ai pas refusé Avatar pour des raisons artistiques, mais pour des impossibilités d'agenda. On ne peut pas dire que je nourrissais des regrets, c'était juste infaisable au niveau organisationnel pour moi. Mais ce qui est intéressant, c'est que parler de Elysium avec Neill était comparable au fait de parler de Avatar avec James Cameron. Quand ce dernier évoquait cette planète qu'il avait imaginée, Pandora, il le faisait comme si elle existait vraiment. C'était vraiment comme s'il avait été là-bas et pouvait décrire le moindre arbre, la moindre plante... Idem avec Neill: il pouvait vous expliquer très précisément à quoi ressemblait son futur, il avait tout un livre sur les véhicules et les armes, et le film aujourd'hui fourmille véritablement de détails auxquels il avait réfléchi en profondeur. Je pense que c'est la base même de la bonne science-fiction: un réalisateur qui pousse le souci du détail de l'univers qu'il choisit d'investir le plus loin possible. Oui bien sûr, mais aussi le fait qu'il avait fait District 9. Je veux dire, il y a tellement de décisions à prendre quand vous réalisez un film... Le moindre plan à tourner appelle des dizaines de choix à poser. Et le film lui-même en appelle des milliers, étalés sur une très longue période de temps. Donc il n'y a pas de hasard: si le film est bon, le réalisateur est bon. C'est aussi simple que ça. District 9 était hyper original, divertissant et fun, mais aussi tellement pertinent dans la manière qu'il avait de creuser sa thématique. Tout cela a rendu ma décision très facile. Vous savez, désormais, tous les films que je choisis de faire dépendent avant tout de leur réalisateur (on le verra prochainement à l'affiche des nouveaux films de Steven Soderbergh, Terry Gilliam et George Clooney, ndlr). Oui, je pense qu'il l'est. Pour qu'un film de SF fonctionne, je suis convaincu qu'il doit jeter des ponts vers la réalité contemporaine dans laquelle nous vivons. Et s'agissant de Elysium, Neill lui-même en conviendrait: il est davantage question d'un reflet du monde d'aujourd'hui que d'une projection dans l'hypothétique futur qui s'annonce. En ce sens, la fin du film, qu'on y adhère ou pas, est avant tout censée susciter la réflexion, sur le problème de l'immigration notamment, qui est métaphoriquement présent tout au long du film. Quelle est la solution? Faut-il ouvrir les frontières? Comment gérer les ressources? Le débat est ouvert. Ce ne sont pas des films à message ou moralisateurs pour autant. A propos de District 9, Neill raconte que s'il avait fait un film traitant frontalement du Zimbabwe et de tous ces réfugiés affluant en masse à la frontière sud-africaine, beaucoup moins de gens auraient vu le film. Quant à Elysium, les questions politico-sociales qu'il soulève découlent directement de son expérience de vie, puisque Neill vivait en Afrique du Sud avant de migrer vers le Canada à l'adolescence. Le contraste radical qu'il a observé entre les deux pays a directement alimenté la différenciation entre les deux mondes qui fondent l'univers SF de Elysium. Tout ce qui se passe sur Elysium a d'ailleurs été tourné à Vancouver, les scènes qui se déroulent sur Terre ont quant à elles été filmées à Mexico. Ils ont vraiment fait du bon boulot avec ces costumes. Je parle des mecs de Weta Workshop, la compagnie néo-zélandaise popularisée par Peter Jackson. La chose pesait une grosse dizaine de kilos mais répartis sur tout le corps, donc ça permettait une réelle liberté de mouvement. Après, il fallait vraiment être attentif parce que vous pouvez carrément blesser quelqu'un avec ce truc qui est assez tranchant. La scène de fight avec Sharlto Copley était assez touchy à ce niveau. Ça demandait aussi un peu de patience dans la mesure où il fallait trois heures chaque matin pour fixer tout ça. Les journées étaient assez longues, du coup. Oui, Neill avait une idée très précise de l'apparence que devait avoir Max, mon personnage. Il avait fait des croquis où il avait déjà le crâne rasé, des tatouages dans son cou et des muscles en abondance. En un sens, ça a facilité les choses. J'ai été trouver le coach qu'ils avaient engagé pour moi et je lui ai montré le croquis en lui disant: "Je veux ressembler à ça (rire)." D'une manière générale, je fais pas mal d'exercice pour les films dans lesquels je dois tourner. C'est une bonne excuse pour me garder en forme, et un luxe de pouvoir m'entretenir physiquement pendant les heures de boulot. En même temps, vous imaginez comme ce serait idiot et vaniteux d'aller faire quatre heures de musculation par jour juste pour votre propre satisfaction. Si ce n'était pour le travail, je m'imagine mal faire avaler ça à ma femme en tout cas (rire). J'aime tous les genres de film. La taille du budget n'a pas vraiment d'importance, je ne réfléchis pas mon rôle en fonction du nombre de zéros qu'il y a sur mon chèque. Dans tous les cas, il s'agit d'essayer de tourner une histoire donnée de la manière la plus appropriée qui soit. Chaque nouveau rôle est un challenge. Et puis votre interprétation est chaque fois perfectible. C'est un peu comme au golf: il y a toujours moyen d'améliorer son jeu. RENCONTRE NICOLAS CLÉMENT, À LONDRES