Première pépite d'un été qui s'annonce résolument cinéphile, avec les reprises nnoncées de Crash de David Cronenberg, The Piano de Jane Campion, ou Le Bonheur d'Agnès Varda, Le Miroir (1974) est souvent considéré comme l'oeuvre la plus hermétique d'Andrey Tarkovski. Le cinéaste russe -auteur de sept longs métrages à peine, mais quels longs métrages qui, de L'Enfance d'Ivan en 1962 à Offret en 1986, année de sa mort, ont laissé une empreinte indélébile sur le 7e art, inspirant aussi bien Lars von...

Première pépite d'un été qui s'annonce résolument cinéphile, avec les reprises nnoncées de Crash de David Cronenberg, The Piano de Jane Campion, ou Le Bonheur d'Agnès Varda, Le Miroir (1974) est souvent considéré comme l'oeuvre la plus hermétique d'Andrey Tarkovski. Le cinéaste russe -auteur de sept longs métrages à peine, mais quels longs métrages qui, de L'Enfance d'Ivan en 1962 à Offret en 1986, année de sa mort, ont laissé une empreinte indélébile sur le 7e art, inspirant aussi bien Lars von Trier qu'Andrey Zvyagintsev, parmi d'autres- s'y livre à une méditation d'essence autobiographique que viennent rythmer les poèmes de son père, Arseni. Si le noyau du film peut être ramené à une phrase -arrivé à la moitié de sa vie, un homme malade se souvient de son passé, les images de sa mère et de son ex-femme se succédant-, il trouve devant la caméra de Tarkovski une expression foisonnante. Adoptant une structure composite, le cinéaste enchevêtre souvenirs et réflexions sur l'existence, images d'archives (tournées au front notamment) et extrait de Pouchkine, sensations de l'enfance et rêveries insolites, noir et blanc profond et couleurs, dans un montage abolissant la distinction entre passé et présent, la narration rompant avec la chronologie pour privilégier les liaisons poétiques et s'inscrire dans un ailleurs volontiers énigmatique, mais pas moins stimulant pour autant. L'art de l'auteur de Solaris est ici à son sommet, la beauté du film atteignant par endroits à une qualité surréelle, accréditant l'idée d'un cinéma en lévitation, tant littéralement, le temps d'une scène restée fameuse, que métaphoriquement. Mais si l'on ne peut qu'être ébloui par la fulgurance plastique de l'oeuvre à laquelle cette version restaurée rend tout son éclat, la réflexion de Tarkovski n'est pas moins féconde, où les contingences terrestres le disputent aux aspirations cosmiques. Soit un film vertigineux, et la promesse d'une expérience de cinéma hors du commun, chaque nouvelle vision du Miroir, son mystère et sa beauté intacts, ayant le don de subjuguer le spectateur. Cerise sur le gâteau, la reprise du film s'accompagne de la sortie de Andrey Tarkovski. A Cinema Prayer, un documentaire que lui consacrait son fils en 2019, et qui explore la vie et l'oeuvre du cinéaste, à travers ses souvenirs mais aussi ses réflexions sur le destin de l'artiste et le sens de l'existence.