"No More Normal"

Même sous influences (à moins que cela ne soit grâce à elles?), Londres a toujours réussi à concocter sa propre bande-son. Prenez par exemple la bass music, dont on peut trouver des racines dans la jungle, le UK garage, actualisées dans le dubstep, prolongées aujourd'hui dans le grime, voire la drill music. Né du côté de Croydon, ...

Même sous influences (à moins que cela ne soit grâce à elles?), Londres a toujours réussi à concocter sa propre bande-son. Prenez par exemple la bass music, dont on peut trouver des racines dans la jungle, le UK garage, actualisées dans le dubstep, prolongées aujourd'hui dans le grime, voire la drill music. Né du côté de Croydon, au sud de Londres, Cameron Palmer, alias Swindle, a forcément baigné dedans. Après des débuts comme DJ à l'âge de douze ans, il a fait ses "gammes" aux côtés d'artistes grime (il collabore notamment avec Ghetts, NoLay ou P Money). Rapidement, Swindle ouvrira cependant son champ de vision. Abrasif et bagarreur, le grime traîne volontiers la réputation de chercher le KO avec trois fois rien, minimaliste et fulgurant. Swindle, lui, va préférer explorer d'autres ambiances, plus chaudes et colorées. En 2013, il se permet par exemple d'intituler son premier véritable album, Long Live the Jazz, réussissant à dépasser le simple exercice de style que suggère le titre. Pour son nouveau No More Normal, le producteur pousse la "fusion" encore un peu plus loin. Publié sur le label de Gilles Peterson, l'album a le groove gourmand et bienveillant. Il emprunte toujours au jazz, mais pioche aussi dans la soul, le funk, etc. L'énergie du grime n'a pas complètement disparu. Elle a juste muté, délaissant le nihilisme ambiant pour préférer l'élan collectif. Des cordes cinématographiques de What We Do au funk tubesque de Reach the Stars en passant par les cuivres chatoyants de Coming Home, Swindle multiplie les morceaux de bravoure. L'album feelgood de la semaine.