Cela commence comme un des meilleurs récits issus du journalisme américain. Grégory Salle descend de voiture. Il s'est rendu sur la Côte d'Azur pour partir à la rencontre des nouveaux mastodontes des mers -ces "superyachts" qui excitent les super-riches. Au début du siècle, il y en avait ...

Cela commence comme un des meilleurs récits issus du journalisme américain. Grégory Salle descend de voiture. Il s'est rendu sur la Côte d'Azur pour partir à la rencontre des nouveaux mastodontes des mers -ces "superyachts" qui excitent les super-riches. Au début du siècle, il y en avait 2 000 dans le monde; aujourd'hui, près de trois fois plus. Ils font au moins 24 mètres de long mais certains peuvent dépasser les 60. À l'intérieur, le luxe ne connaît aucune limite. Fouinant dans leurs parages, Salle, qui n'est pourtant pas journaliste, en profite pour dévider une pelote fascinante, mêlant capitalisme, écologie, esthétique de l'argent et délire fiscal et légal bénéficiant du pavillon de tous les paradis friqués du monde. Car les superyachts ne sont pas que des bateaux -des jouets high-tech pour adultes trop riches et n'ayant pas peur de le montrer. Derrière ces îles flottantes autosuffisantes se cache une réalité qui est celle de notre condition partagée: celle d'une insularisation toujours plus grande d'une élite insubmersible, qui a décidé d'abandonner derrière elle les derniers terrestres et leurs problèmes. À la fin de 2012, le blockbuster apocalyptique de Roland Emmerich, les milliardaires du monde se sauvaient du déluge qui leur tombait dessus grâce à des places arrachées à prix d'or sur des paquebots conçus spécialement pour l'affronter. C'était à peine une fiction.