La valeur d'un rouleau de papier toilette culminait à dix euros, lors du siège de Sarajevo, en 1992. Encombrant à transporter, l'objet insignifiant illustrait, sur This War of Mine, l'implacable dérèglement marchand frappant des civils en temps de guerre. Ce jeu vidéo polonais rappelait aussi que le pouvoir immersif du gaming éclaire parfois les consciences sur des réalités hors de notre portée. La deuxième saison de Life is Strange secoue elle aussi les consciences en explorant notamment la famille dans ce qu'elle a de plus douloureux. De plus beau, aussi.
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La valeur d'un rouleau de papier toilette culminait à dix euros, lors du siège de Sarajevo, en 1992. Encombrant à transporter, l'objet insignifiant illustrait, sur This War of Mine, l'implacable dérèglement marchand frappant des civils en temps de guerre. Ce jeu vidéo polonais rappelait aussi que le pouvoir immersif du gaming éclaire parfois les consciences sur des réalités hors de notre portée. La deuxième saison de Life is Strange secoue elle aussi les consciences en explorant notamment la famille dans ce qu'elle a de plus douloureux. De plus beau, aussi. Soupçonnés du meurtre d'un policier qui a assassiné leur père, les frères Diaz fuient toujours les États-Unis de Trump pour gagner le Mexique sur les deuxième et troisième épisodes de cette "saison" de Life is Strange. Le gamer y enfile encore les baskets de Sean pour dompter les pouvoirs télékinésiques de Daniel, son cadet. Un père décédé, une mère qu'ils hésitent à revoir. Le récit de Christian Divine et Jean-Luc Canon ne plonge pas avec excès dans le surnaturel mais s'accorde deux chapitres chargés de sens. Abordant mille débats de société, les deux épisodes de Life is Strange 2 embrassent cette fois encore un gameplay gravitant autour de décisions. Les frères, malades d'un séjour montagnard dans une maison abandonnée, s'arrêtent chez leurs grands-parents cachés. Vont-ils devenir d'incontrôlables punk ou se comporter comme de parfaits catholiques? Via une foule d'événements du quotidien, le gamer modèle la destinée du duo, sans grandes conséquences narratives hélas. L'ombre de Karen, la mère et la fille absente, plane sur les retrouvailles des petits-enfants et des grands-parents. Ces derniers souffrent de voir la plaie ravivée face aux questions des jeunes sur leur mère inconnue. Effleurant une Amérique raciste, Life is Strange épaissit son récit via l'examen minutieux de ses décors: s'attarder sur la photo du père disparu, lire un mot écrit à la hâte par la grand-mère. Sean, l'aîné, aligne les commentaires inquiets et aigres-doux. Confronté au difficile apprentissage du rôle de père, il fléchit: sacrifier sa vie sociale et une idylle potentielle pour s'occuper du petit frère de huit ans; ne pas respecter des règles de vie qu'on tente de lui inculquer. Life is Strange 2 détaille le boulot à plein temps de parent avec talent. Wastelands, le troisième épisode (sur cinq) plante sa tente dans un camp de saisonniers punk au milieu d'une plantation illégale de cannabis. Au milieu des séquoias géants en Californie, Daniel se fait dépasser par ses pouvoirs de télékinésie et lève, enragé, un tronc d'arbre. Akira es-tu là? Les liens fraternels s'érodent. Une fêlure de plus. De trop peut-être. Car le roadtrip, boursouflé de longueurs, aligne un nombre artificiellement élevé de blessures familiales. Difficile toutefois de ne pas vaciller face à cette singulière et formidable épopée gaming: celle de l'empathie.