Enfant de l'immigration marocaine, Karim Ouelhaj est né et a grandi à Liège où, depuis une bonne douzaine d'années, il enquille en autodidacte les projets à l'arrache. Sous le radar. Un travail compilé aujourd'hui dans un coffret DVD bourré jusqu'à la gueule qui s'organise autour de trois longs métrages (Parabola en 2005, Le Repas du singe en 2013, Une réalité par seconde en 2015) se faisant écho, et formant à l'arrivée un triptyque sociétal où la décadence urbaine vacille sous les néons blafards de la nuit qui broie. Rot...

Enfant de l'immigration marocaine, Karim Ouelhaj est né et a grandi à Liège où, depuis une bonne douzaine d'années, il enquille en autodidacte les projets à l'arrache. Sous le radar. Un travail compilé aujourd'hui dans un coffret DVD bourré jusqu'à la gueule qui s'organise autour de trois longs métrages (Parabola en 2005, Le Repas du singe en 2013, Une réalité par seconde en 2015) se faisant écho, et formant à l'arrivée un triptyque sociétal où la décadence urbaine vacille sous les néons blafards de la nuit qui broie. Roture, Place du Marché, rue Féronstrée, passerelles... On se plaît à identifier les lieux emblématiques de la Cité Ardente servant de cadre à ces contes ordinaires de la désolation inscrits sous le haut patronage -un peu trop écrasant- de l'Abel Ferrara des débuts, voire d'un Gaspar Noé grimaçant version Do It Yourself. Drogue, maladie, violence, prostitution, précarité, prises de tête à répétition... Devant la caméra de Karim Ouelhaj, Liège n'a, à vrai dire, jamais aussi bien porté son infamant surnom de Tox City. C'est frontal, sans concession, mais aussi très souvent complaisant et chichiteux, provoc facile et misérabilisme un peu gratuit en options. Le tout porté par une mise en scène poisseuse adepte du cadrage de travers, des jeux sur les couleurs, les filtres et les textures, où la musique, omniprésente, occupe une place déterminante, compensant parfois idéalement les approximations d'une narration pour le moins erratique. Si l'on rigole franchement à la convocation de "quotes" journalistiques plutôt du genre hasardeux (à propos, au hasard, du Repas du singe, il est par exemple question de "La Haine dirigé par Lars Von Trier à la manière de Xavier Dolan"... euh oui, très bien, mais bon, comment dire?), le coffret, en partie matérialisé grâce au financement participatif, impressionne par la densité des matières proposées, et la rage de tourner qui en percole. C'est patent dans le docu Tribu en images, l'un des divers formats courts proposés en bonus, où Ouelhaj, par ailleurs scénariste, cadreur et monteur de ses films, parle du cinéma comme d'une caverne d'Ali Baba. "Il faut faire, il faut expérimenter, il ne faut pas avoir peur", assène-t-il encore, solennel mais sincère. Une maxime qu'il se fait fort d'appliquer jusque dans une poignée de clips vidéo (pour Lylac, MY TVis DEAD, Ivan Tirtiaux, Catherine Graindorge...), format sans aucun doute plus adapté à son écriture décousue, ses climats plombés et ses penchants esthétisants.