"Quand elles ont découvert le film, certaines personnes de mon entourage ont été choquées. Elles étaient persuadées que Lars m'avait manipulée. Mais non, il a toujours été très honnête avec moi. Tout était limpide dès le départ. Quand j'ai passé le casting, on m'a dit: "Lars fait un film, il y aura beaucoup de cul, tu auras une prothèse vaginale et un double porno." Plus tard, j'ai fait un screen test avec Lars, on a parlé des scènes difficiles et il m'a montré ces prothèses qui devaient me protéger de toute sensation physique. Je lui ai dit que ça me rassurait, parce que j'ai mes limites et qu'il y a des choses que je ne veux pas faire. Il s'est montré très compréhensif. "
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"Quand elles ont découvert le film, certaines personnes de mon entourage ont été choquées. Elles étaient persuadées que Lars m'avait manipulée. Mais non, il a toujours été très honnête avec moi. Tout était limpide dès le départ. Quand j'ai passé le casting, on m'a dit: "Lars fait un film, il y aura beaucoup de cul, tu auras une prothèse vaginale et un double porno." Plus tard, j'ai fait un screen test avec Lars, on a parlé des scènes difficiles et il m'a montré ces prothèses qui devaient me protéger de toute sensation physique. Je lui ai dit que ça me rassurait, parce que j'ai mes limites et qu'il y a des choses que je ne veux pas faire. Il s'est montré très compréhensif. " Si d'aucuns n'ont pas manqué de crier à la manipulation, c'est sans doute que Stacy Martin, 23 ans, n'avait aucune expérience cinématographique avant de tourner Nymphomaniac, nouveau pétard mouillé -sans mauvais jeu de mots- de Lars von Trier (lire la critique du second volume page 41) où elle se distingue dans le rôle de Joe, jeune nympho à laquelle elle prête ses traits, et son corps, de ses 15 à 31 ans, avant que Charlotte Gainsbourg ne prenne le relais. "Je suis née à Paris mais j'ai déménagé à Londres quand j'avais 18 ans. Le mannequinat m'a permis d'emblée d'être financièrement indépendante de mes parents et de payer mes cours de théâtre, mais je n'ai jamais vécu dans ce fantasme d'être mannequin. Par contre, mon désir de jouer la comédie a toujours été là", raconte la jeune femme alors qu'on la rencontre dans un hôtel tournaisien, en plein Ramdam Festival. "J'ai la double nationalité. Mon père est français et ma mère anglaise... comme Charlotte Gainsbourg, en fait", se sent obligée d'ajouter celle dont la silhouette ultra fine rappelle immanquablement la Jane Birkin sixties. "Les parallèles que la presse ne manque pas de faire entre moi et Jane Birkin ou Charlotte sont très flatteurs, bien sûr, et en même temps je vois ça comme une sorte de cadeau empoisonné. Cette ressemblance m'a propulsée sur le devant de la scène mais désormais je dois apprendre à exister par moi-même." Propulsée, c'est le terme, la jeune apprentie théâtreuse quittant du jour au lendemain l'anonymat le plus complet pour le haut de l'affiche d'un projet auteuriste au fort potentiel de buzz. "C'est incroyablement chanceux, en effet. Quand j'ai commencé le tournage de Nymphomaniac, j'étais toujours dans une école de théâtre. Avant ça, évidemment, il y avait bien quelques réalisateurs avec lesquels je rêvais de tourner mais ça relevait du pur fantasme. Quand Lars a voulu me rencontrer, je me suis dit qu'il n'y avait aucune chance qu'il me choisisse. Alors j'ai pris ça comme une opportunité d'apprendre, un peu comme si j'allais assister à une masterclass. Je n'avais rien à perdre, et c'était sans doute le bon état d'esprit à avoir. " Et Stacy Martin d'investir alors un personnage certes mystérieux voire opaque mais avec beaucoup de fraîcheur, et un réel instinct. "Il y avait bien sûr quelque chose de Charlotte dans ce personnage. Lars m'a dit: "Charlotte, elle n'a pas besoin de beaucoup parler, elle est là et voilà." J'ai gardé ça en tête, tout en conservant pas mal de latitude. Comme je joue Joe de l'adolescence à l'âge adulte, soit par définition une période de découverte de soi et d'évolution personnelle, je pouvais me permettre une interprétation pas trop définie, assez malléable. J'avais le luxe de découvrir, d'aller à la rencontre de mon personnage au fur et à mesure du tournage." Un tournage où elle donne beaucoup d'elle-même, notamment dans des scènes de sexe à la crudité résolument frontale. "Mon expérience de model ne m'a pas aidée à être plus décomplexée par rapport à mon corps. Au contraire. Le mannequinat est un monde fascinant mais très névrosé. Moi je fais 1m70, ce qui posait problème parce que j'étais trop petite. Les pantalons étaient toujours trop grands, il fallait ajuster les vêtements en permanence. Du coup, j'ai vécu ce tournage comme une sorte de libération, avec mon corps tel qu'il est. Sans tricherie. Et puis la nudité est très vite devenue secondaire, il y avait tellement de choses plus intéressantes dans le film. " Quant à la supposée misogynie de von Trier, dont la filmographie est pavée de femmes martyres, en souffrance, rongées par la culpabilité, Stacy Martin préfère peu ou prou botter en touche, non sans manquer de relever le caractère peu reluisant de ses personnages masculins. "Prenez le mari dans Antichrist, il n'a qu'une idée en tête: que sa femme surmonte son deuil, là tout de suite, sans la laisser respirer. Dans Nymphomaniac, Jérôme, c'est un con. Et Seligman, dans la deuxième partie, il merde complètement. J'ai l'impression que personne ne prend soin de souligner à quel point il ridiculise les hommes dans ses films."RENCONTRE Nicolas Clément