Rarement une exposition aura aussi bien commencé que Space Shifters: affalé dans un pouf. Il y a pire mise en condition pour débuter cette proposition qui invite à explorer les méandres de la perspective et de la perception à travers les oeuvres de 20 plasticiens déployées sur 50 années de création. Pas besoin de télécommande, c'est le Danois Jeppe Hein qui régale à la faveur de 360 ° Illusion III. Pièce spécialement conçu...

Rarement une exposition aura aussi bien commencé que Space Shifters: affalé dans un pouf. Il y a pire mise en condition pour débuter cette proposition qui invite à explorer les méandres de la perspective et de la perception à travers les oeuvres de 20 plasticiens déployées sur 50 années de création. Pas besoin de télécommande, c'est le Danois Jeppe Hein qui régale à la faveur de 360 ° Illusion III. Pièce spécialement conçue pour l'événement, il s'agit de deux miroirs agencés à angle droit qui se réfléchissent l'un l'autre créant ainsi un horizon en forme de croix. Cet énorme dispositif tourne sur lui-même et fait défiler espace et visiteurs dans le sens des aiguilles d'une montre. Totalement hypnotique, l'oeuvre condense bien le propos du show, qui n'est pas sans afficher un certain goût pour le spectacle. Sortez les pop-corn? Oui, mais pas pour le regardeur avisé qui ira au-delà de la seule sensation. Là aussi Hein est emblématique en ce que son installation peut se comprendre comme le lieu d'une ouverture et d'un recul sur soi. Au fil du parcours, de nombreuses oeuvres impactent l'oeil. On retient ainsi Alicja Kwade (Katowice, 1979), dont la structure d'acier et de verre transforme l'environnement en un labyrinthe hasardeux. Articulant vides et miroirs, elle incite le visiteur à ne plus faire confiance à ses yeux. Souvent, joli paradoxe, c'est la main qui prend le relais afin de sonder ce que dissimule tel cadre en forme de seuil. Idem pour Fred Sandback (New York, 1943), dont les oeuvres réalisées avec de la corde rouge invitent la sculpture à se libérer de la matière. Enfin, outre Kapoor qui investit l'extérieur du bâtiment, on mentionnera Handrail, l'installation de Monika Sosnowska (Ryki, 1972) détournant la cage d'escalier du temple brutaliste à la faveur d'une rampe devenue incontrôlable. Passé l'escalier qu'elle épouse comme un lierre métallique, celle-ci part à la conquête du mur pour dessiner une imposante arabesque. Preuve supplémentaire qu'il y a tout à craindre du familier.