À contre-emploi dans Suburbicon, de son compère George Clooney, et miniaturisé dans Downsizing, d'Alexander Payne: 2017 restera comme l'année des expériences pour Matt Damon. Des métamorphoses guère couronnées de succès si l'on s'en tient à la seule vérité du box office: 10 millions de recettes cumulées pour l'un, 55 pour l'autre. Pour autant, les deux films méritent assurément que l'on y revienne. Porté par un scénario des frères Coen, Suburbicon voit ainsi Clooney renouer avec une inspiration qui faisait cruellement défaut à son précédent The Monuments Men (triomphe au box-of...

À contre-emploi dans Suburbicon, de son compère George Clooney, et miniaturisé dans Downsizing, d'Alexander Payne: 2017 restera comme l'année des expériences pour Matt Damon. Des métamorphoses guère couronnées de succès si l'on s'en tient à la seule vérité du box office: 10 millions de recettes cumulées pour l'un, 55 pour l'autre. Pour autant, les deux films méritent assurément que l'on y revienne. Porté par un scénario des frères Coen, Suburbicon voit ainsi Clooney renouer avec une inspiration qui faisait cruellement défaut à son précédent The Monuments Men (triomphe au box-office celui-là, comprenne qui pourra). L'action se situe à la toute fin des années 50, dans une cité modèle répondant au nom de Suburbicon, concentré de rêve américain pour 60 000 âmes -wasp uniquement s'entend. Une petite communauté que l'arrivée de ses premiers résidents afro-américains, les Meyers, va plonger dans la violence et le chaos, contexte agité servant de toile de fond au braquage dont sont victime leurs voisins, les Lodge, une famille bien sous tous rapports en apparence, à l'instar du respectable Gardner (Damon)... Thriller absurde doublé d'une comédie noire éminemment "coenienne", Suburbicon tangue parfois maladroitement entre ses deux arcs narratifs. La satire n'en est pas moins hautement réjouissante, où Clooney s'emploie à livrer une vision acide de la société américaine -proposition transcendant d'ailleurs le cadre temporel du film pour trouver une résonance contemporaine-, à quoi une galerie de personnages cartoonesques apporte un surcroît de relief. Léger, mais jubilatoire... On trouve également une société modèle dans Downsizing, d'Alexander Payne, à savoir Leisureland, monde clos où s'épanouissent des individus miniaturisés à hauteur de douze centimètres, solution imaginée par des scientifiques à la surpopulation et aux problèmes en découlant. Et moyen commode pour les cobayes de s'assurer des conditions de vie meilleures -ainsi des Safranek (Matt Damon et Kristen Wiig), un couple d'Américains lambda décidant un jour de tourner le dos à Omaha pour tenter l'aventure... Tenant tout autant de la fable humaniste que de la satire sociale, le film débute de la plus convaincante des manières, réalisme et SF vintage y faisant résolument bon ménage tandis qu'il déploie son concept ingénieux. La suite est moins concluante, le propos, étiré à l'excès, ployant sous les bonnes intentions et un simplisme excessif, même si un pessimisme lucide y reste de rigueur... Intéressants (même si hagiographiques par endroits), les bonus décortiquent le soin apporté à conserver à ce monde fantastique des contours réalistes et presque banals, correspondant à l'univers du réalisateur de Nebraska.