DE SAM MENDES. AVEC DANIEL CRAIG, JAVIER BARDEM, JUDI DENCH. 2 H 23. DIST: FOX.
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DE SAM MENDES. AVEC DANIEL CRAIG, JAVIER BARDEM, JUDI DENCH. 2 H 23. DIST: FOX. Coupant court aux spéculations, Sam Mendes annonçait, il y a quelques jours de cela, qu'il ne rempilerait pas à la mise en scène des aventures de James Bond. On peut le comprendre, tant Skyfall, le 23e épisode de la franchise, apparaît difficilement surpassable, respectueux d'un mythe qu'il réussit à magistralement réinventer. La séquence d'ouverture du film est un modèle du genre, poursuite spectaculaire qui, du Grand Bazar de Istanbul aux toits de la ville, et jusqu'à celui d'un train, vaut son pesant d'adrénaline, et dont la conclusion laissera 007 pour mort. Si Mendes connaît ses classiques, c'est pour mieux s'en affranchir en effet. Ce que confirmera la suite, d'une funèbre intensité, qui mettra un Bond proche du déclassement aux prises avec Silva, un cyber-terroriste ayant entrepris de faire trembler le MI6 sur ses bases en diffusant le nom d'agents infiltrés sur la Toile. Et qui, ses motivations profondes se précisant, emmènera l'agent secret, plus vulnérable que jamais, en terrain miné alors qu'alentour, le monde vacille. S'il maintient, de Shanghai à la lande écossaise, un cap affolant, Skyfall est aussi un exercice d'équilibriste qui, délaissant la pyrotechnie au profit d'un horizon crépusculaire, remonte aux sources mêmes de la franchise, mouvement accompagné du retour de 007 à ses racines. Le tour de force de Sam Mendes est d'avoir su, au-delà de l'efficacité du film, assortir cette entreprise de déconstruction d'un hommage en bonne et due forme à la saga, conciliant vision post-moderne et mythologie, qu'il s'agisse de l'Aston Martin DB5 sortie tout droit de Goldfinger à un épisode à Macao semblant n'avoir d'autre objet que de revisiter l'imagerie bondienne. Et l'on ne parle même pas d'un bad guy n'ayant guère à envier aux Dr No et autre Blofeld d'antan, Javier Bardem se fondant avec quelque délectation morbide dans le rôle, au point d'en faire de l'ombre à Daniel Craig soi-même. A leur suite, c'est à une relecture magistrale de l'oeuvre que l'on assiste, dont le final, brillant, laisse entendre qu'elle serait encore à écrire -un défi que l'on rêve de voir Christopher Nolan relever... A côté des habituels commentaires audio (du réalisateur, d'une part, et des producteurs, Barbara Broccoli et Michael Wilson, épaulés par le directeur de production Dennis Gassner, d'autre part), la pièce de résistance des compléments est un documentaire d'une heure, Shooting Skyfall. De la composition du générique aux spécificités de tournage dans différentes villes, le making of balaie les divers aspects de la production, et jusqu'à l'ADN de la franchise, Bond Girls, Villains et autres gadgets (ou plutôt leur absence). Rien que du fort classique, mais certes pas inintéressant pour autant, que relèvent encore quelques anecdotes -ainsi de celle voulant que Sam Mendes ait déconseillé en son temps à Daniel Craig d'endosser les habits d'un 007 qui ne manquerait pas de phagocyter l'acteur... JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS