Tobias Jesso Jr
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Tobias Jesso Jr DISTRIBUÉ PAR TRUE PANTHER SOUNDS. 7 Parfois c'est en fuyant le succès qu'on le trouve le plus facilement. Cela faisait un moment que Tobias Jesso Jr tournait en rond à Los Angeles, sans jamais vraiment trouver la petite ouverture qu'il allait lui permettre de glisser un pied dans la porte. Taille de basketteur, et chevelure foisonnante de grand dadais rigolard, il explique: "Je pensais qu'il suffisait de se mettre dans la file, et d'attendre son tour. Mais ce n'était pas aussi simple..." En 2012, il décidera donc de retourner chez lui, à Vancouver. A ruminer son échec professionnel, une déception amoureuse, et le cancer de sa mère... "Avant cela, je passais souvent mon temps à écouter la radio, et à me dire que j'allais écrire un morceau qui soit aussi bon que celui que je venais d'entendre. J'étais comme une éponge, à vouloir tout absorber et recracher. En revenant chez moi, j'ai changé d'approche: j'ai voulu écrire les chansons que j'avais envie d'entendre, juste pour moi." L'histoire se termine bien: Madame Jesso arrivera à bout du vilain crabe, et son fils trouvera enfin son chemin musical. Il osera même envoyer ses démos à Chet Jr White, producteur et bassiste de Girls, l'un de ses groupes préférés. "Je lui ai envoyé un mail en lui expliquant que j'étais désolé pour la fin de Girls, et en glissant un morceau l'air de rien, à la fin de mon message. Il m'a directement appelé pour qu'on se rencontre."Qu'est-ce qui fait une destinée musicale? Au départ, celle du Canadien était tout sauf évidente. "Chez moi, on n'écoute jamais de musique. Rien. Je me rappelle avoir participé à un camp d'été. Je devais avoir 14 ans. Au bout de la semaine, on repartait avec sa propre chanson, enregistrée, gravée. Je pense que le CD est toujours dans le lecteur de mes parents..." Le gamin joue un peu de saxo, tâtonne du piano, et de la batterie. Mais sans jamais vraiment persévérer. "Je ne suis virtuose en rien. D'un instrument, je prends juste ce dont j'ai besoin et puis j'en reste là." Juste assez donc pour assouvir ses envies, son obsession même des chansons. "Un jour, je me promenais au supermarché. Ils passaient en boucle l'album de Tracy Chapman. J'ai complètement buggé sur le morceau Give Me One Reason. Je faisais le tour des fruits et légumes en attendant que le morceau repasse."Chez Tobias Jesso Jr, la musique sera donc toujours avant tout une question de sentiment, jamais de révolte -"vous avez déjà vu quelqu'un se rebeller au Canada?" Son premier album, Goon, fonctionne entièrement sur ce principe, dédié intégralement aux mélodies ("une fois que j'ai chanté le morceau dans mon téléphone, 90 % du boulot est fait"). Un vrai loukoum pop, qui rappelle un Randy Newman sans l'ironie, ou une version cheesy de Paul McCartney. Sirupeux donc. Mais tellement décomplexé qu'il ne peut qu'être honnête, touchant dans son romantisme un poil branquignol. En fait, typiquement le genre d'album que vous détesterez adorer... EN CONCERT LE 13/05 AUX NUITS BOTA, BRUXELLES. LAURENT HOEBRECHTS