Le 22 septembre, à 15h31 pour correspondre pile poil à l'équinoxe d'automne, les folkeurs hirsutes de Fleet Foxes sortaient sans prévenir de leur tanière avec un quatrième album sous le bras. Trois ans après Crack-Up, qui s'était longuement fait attendre, le groupe de Seattle jouait la carte de la surprise. Même si les fans les plus perspicaces avaient un peu senti le vent venir avec un inédit ( Featherweight) joué par Pecknold lors d'un livestream en août... La pochette de Crack-Up montrait une mer tourmentée qui se fracassait contre les rochers. Celle de...

Le 22 septembre, à 15h31 pour correspondre pile poil à l'équinoxe d'automne, les folkeurs hirsutes de Fleet Foxes sortaient sans prévenir de leur tanière avec un quatrième album sous le bras. Trois ans après Crack-Up, qui s'était longuement fait attendre, le groupe de Seattle jouait la carte de la surprise. Même si les fans les plus perspicaces avaient un peu senti le vent venir avec un inédit ( Featherweight) joué par Pecknold lors d'un livestream en août... La pochette de Crack-Up montrait une mer tourmentée qui se fracassait contre les rochers. Celle de Shore est calme, apaisée et résume plutôt bien l'esprit du disque. Pas un album d'hiver selon le patron. Plutôt un disque d'automne-été. Paris, Los Angeles, New York, Long Island City et Hudson (dans l'antre d'Aaron Dessner de The National)... Tout beau tout frais, Shore a été enregistré dans pas moins de cinq studios avant et pendant la quarantaine. De septembre 2019 à, apparemment, septembre 2020. Le confinement ayant empêché la proximité physique des musiciens, Robin Pecknold joue énormément des instruments lui-même et l'écriture de certaines paroles ne remonterait qu'à juin. Plus pop et moins mélancolique, Pecknold, qui s'est aussi chargé de la production, s'est rarement fait aussi direct et immédiat, et a raccourci la durée de ses chansons... Il y a toujours des voix à tomber et du relief mais aussi un peu moins d'orages et de cascades. Shore coule de source et comme ses eaux ne sont pas trop mouvementées, Robin a fait grimper quelques invités à bord. Déroutant. Ce n'est pas sa voix inimitable qui ouvre le nouveau Fleet Foxes mais celle de la Nigérianne Uwade Akhere ( Wading in Waist-High Water). Un ami lui avait envoyé une vidéo de la jeune femme en train de reprendre Mykonos. Il fait également chanter le Brésilien Tim Bernardes sur Going-to-the-Sun Road et a convié Chris Bear et Daniel Rossen de Grizzly Bear ou encore Hamilton Leithauser de The Walkmen... Quant à Brian Wilson, il lui a permis de sampler un bout de Don't Talk (Put Your Head on My Shoulder) pour Cradling Mother, Cradling Woman. Pecknold aime l'idée de sonner comme une symphonie en n'utilisant que des instruments rock. Il dédie un titre au chanteur populaire chilien Victor Jara, victime de la dictature de Pinochet assassiné après avoir eu les doigts coupés à la hache ( Jara). Sunblind (auquel participe Kevin Morby) rend hommage à celles et ceux partis trop tôt qui ont contribué à son éducation musicale: Richard Swift, John Prine, Elliott Smith, David Berman, Judee Sill... Là où Maestranza évoque le parrain Damien Jurado. Shore célèbre la vie au nez et à la barbe de la mort. Un film de 55 minutes en 16mm signé par la réalisatrice et photographe californienne Kersti Jan Werdal accompagne la bête.