Le titre de l'exposition promet une dose de noirceur... Nulle déception: c'est comme si une aile sombre planait au-dessus du travail de la Britannique Beth Carter (1968). Il y a du théâtre déglingué, de la ritournelle dissonante, voire du Broken Carnival, selon l'intitulé d'une pièce de Shadow Stories, dans le bestiaire hybride de cette sculptrice dont le talent manifeste s'accommode de tous les formats. Pour cerner son approche, la...

Le titre de l'exposition promet une dose de noirceur... Nulle déception: c'est comme si une aile sombre planait au-dessus du travail de la Britannique Beth Carter (1968). Il y a du théâtre déglingué, de la ritournelle dissonante, voire du Broken Carnival, selon l'intitulé d'une pièce de Shadow Stories, dans le bestiaire hybride de cette sculptrice dont le talent manifeste s'accommode de tous les formats. Pour cerner son approche, la galeriste Mijntje Lukoff convoque Carl Gustav Jung et la puissance de ses archétypes. De fait, une psychologie des profondeurs opère ici, qui réveille des peurs enfouies, déclenche le malaise. Parmi les oeuvres qui marquent, on pointe un fascinant Crouching Minotaur dont les contours fonctionnent à merveille. Mi-homme, mi-taureau, cette créature en résine de bronze dégage une bestialité puissante, presque odorante. L'ensemble de son anatomie musclée est ramassé en un point, un livre doré délicat qu'il semble s'efforcer de déchiffrer. Il y a une tension palpable entre le petit opus de papier et l'amas de chair concentré, pur bloc de colère mouvante. Mais la fureur contenue n'est pas le seul objet de Carter, elle sait aussi dire le remords à la faveur de ce loup qui présente un cerf mort. La scène évoque le repentir. Là aussi, les forces à l'oeuvre suscitent l'admiration, car tout du corps représenté trahit la culpabilité. Il en va de même quand la plasticienne anglaise donne à voir un Fool sous les traits attendus d'un âne. Ce n'est pas seulement la tête du baudet qui raconte son égarement, c'est tout à la fois ses membres, son buste, ses pieds. On retient également Free Reign, création montrant trois corps humains couronnés par des têtes de chevaux. Chacun d'entre eux tient en main ses propres brides, fantastique métaphore de l'auto-répression du désir, l'une des thématiques les plus fascinantes qui soient. Quand on y réfléchit, pourquoi nous disciplinons-nous? Pourquoi n'y a-t-il pas plus de crimes et de vols? Beth Carter ne répond pas et c'est tant mieux: à nous de nous débrouiller avec ce magma pulsionnel.