Un mois que Seinfeld est sur Netflix et les millennials se demandent déjà comment leurs aînés ont pu en faire des tonnes sur Friends alors que le génie était passé juste avant. En neuf saisons (1989-1998), les chroniques "sur rien" signées Jerry Seinfeld et Larry David ont fait exploser les intérie...

Un mois que Seinfeld est sur Netflix et les millennials se demandent déjà comment leurs aînés ont pu en faire des tonnes sur Friends alors que le génie était passé juste avant. En neuf saisons (1989-1998), les chroniques "sur rien" signées Jerry Seinfeld et Larry David ont fait exploser les intérieurs et les thèmes en carton-pâte de la sitcom, genre dominant de la télé d'alors ( Cheers, The Cosby Show, The Fresh Prince of Bel-Air, Alf...). Plus encore, la série a réinventé les codes de la comédie et trouvé dans les personnages de George (Jason Alexander), Elaine (Julia Louis-Dreyfus) et Kramer (Michael Richards) les héritiers des Peanuts de Schulz. En plus acide, tant le stand-upper et ses comparses sont imbitables, menteurs, lâches, hygiénistes, aussi éloignés de toute possibilité d'empathie que Pluton l'est du Soleil. Leur vis comica a mieux vieilli que leurs fringues et leur symbiose manifeste a ouvert les digues du non sens et brouillé les frontières entre réel et fiction. Pas uniquement parce que Jerry Seinfeld y joue son propre rôle avec un détachement ostentatoire, mais parce que les situations grotesques, absurdes, triviales qui composent leur quotidien new-yorkais touchent à l'indicible et universelle justesse des ratés de nos existences. Une écriture au faîte de l'intelligence portée par un casting en pleine maîtrise de son art.