Les pratiques du jeu vidéo explosent ces dernières années. Le sport électronique draine des centaines d'athlètes professionnels et la prochaine Coupe du monde de Fortnite offrira 36 millions d'euros à son vainqueur. À l'exact opposé, le gaming à message s'expose dans des institutions comme le Victoria & Albert Museum de Londres. Le casual gaming ( Candy Crush) squatte, lui, nos téléphones. Sa facilité étant une injure pour certains gamers, plusieurs jeux, de Super Meat Boy au récent Celeste, poussent leur difficulté dans le rouge. Simplissime à terminer, Yoshi's Crafted World ne tombe toutefois dans aucune de ...

Les pratiques du jeu vidéo explosent ces dernières années. Le sport électronique draine des centaines d'athlètes professionnels et la prochaine Coupe du monde de Fortnite offrira 36 millions d'euros à son vainqueur. À l'exact opposé, le gaming à message s'expose dans des institutions comme le Victoria & Albert Museum de Londres. Le casual gaming ( Candy Crush) squatte, lui, nos téléphones. Sa facilité étant une injure pour certains gamers, plusieurs jeux, de Super Meat Boy au récent Celeste, poussent leur difficulté dans le rouge. Simplissime à terminer, Yoshi's Crafted World ne tombe toutefois dans aucune de ces catégories. Les jeux faciles, faussement gratuits et codéveloppés par des comportementalistes pour casinos, pullulent sur smartphones. Loin, très loin, d'un Clash of Clans, l'accessibilité de Yoshi's Crafted World a plutôt valeur d'éducation au jeu vidéo pour les kids. Le bien nommé Good-Feel Inc. capitalise ainsi sur Yoshi's Island (1995) pour déballer un jeu de plateforme peuplé de monstres, de plantes carnivores, de boss et de ravins qui ne bloquent jamais méchamment la progression. Pour autant, ce monde aux airs de bricolage charmant multiplie les bonnes idées. Sans jamais se répéter. Naïf sans être niais, Yoshi's Crafted World démarre sur un vol de pierres sacrées appartenant au peuple de Yoshi. La saveur des répliques à double sens de séries comme Mario & Luigi ou Paper Mario manque, hélas, à l'appel. Mais l'esthétique en carton-pâte fait immédiatement mouche. Laine, alu, carton, ampoules de guirlandes, ficelles et autres épingles repensent l'univers de Nintendo. Certes, un goût de déjà-vu plane sur l'ambiance DIY et ultra-enfantine de Yoshi's Crafted World. Mais contrairement à Little Big Planet, la cohérence de son level design se hisse à un haut niveau. Principe fondateur des aventures solo du dino, gober des adversaires pour les transformer en oeufs à projeter réjouit. Mieux, les arrière- et avant-plans du décor sont mis à contribution. Comme dans une fête foraine, on vise ainsi des éléments en carton du décor pour y dénicher des bonus. Malin, le jeu décline cette idée à l'envi pour notamment avaler des aimants à recracher sur des parois métalliques et ainsi s'en servir comme marchepied. Des couvercles en carton se soulèvent aussi pour laisser passer Yoshi sur une plateforme supérieure tandis que des monstres enroulent et déroulent des banderoles de papier ouvrant certains passages. L'esthétique influence le gameplay avec talent. Des jeux de poulies savamment agencées qui bloquent le passage. Des chariots à déplacer. Un ballon aux airs de chat à gonfler pour effrayer des souris. Sans oublier Poochy, un petit chien à chevaucher et à diriger pour sauter plus haut. Facile à boucler, Yoshi's Crafted World donnera du fil à retordre à qui voudrait le terminer à 100% car trouver tous ses items cachés exige un certain doigté. Et Nintendo de rappeler, l'air de rien, qu'il a inventé le jeu vidéo moderne.