Engagement, ingéniosité, résistance. Trois mots qui résument à merveille, après autant de films, la démarche du réalisateur Benjamin Hennot et l'objet valeureux, poétique, nécessaire de ses documentaires. Après La Jungle étroite qui tirait le portrait d'un ancien syndicaliste de combat devenu l'un des piliers de l'association mouscronnoise Fraternité ouvrière armé de son jardin verger expérimental et de ses cours gratuits de jardinage, puis le formidable et vivifiant La Bataille de l...

Engagement, ingéniosité, résistance. Trois mots qui résument à merveille, après autant de films, la démarche du réalisateur Benjamin Hennot et l'objet valeureux, poétique, nécessaire de ses documentaires. Après La Jungle étroite qui tirait le portrait d'un ancien syndicaliste de combat devenu l'un des piliers de l'association mouscronnoise Fraternité ouvrière armé de son jardin verger expérimental et de ses cours gratuits de jardinage, puis le formidable et vivifiant La Bataille de l'eau noire qui racontait à coups de compilation, de radio libre et de cramage de camion le combat d'instituteurs, assureurs, fermiers, plombiers et étudiants couvinois contre la construction d'un barrage, Hennot se penche sur une histoire de résistance dans le sens le plus "guerrier" du terme. En 1940, quand l'Allemagne envahit la Belgique, André Van Glabeke a 16 ans. Marcel Franckson en a 18. Tous deux vont s'engager dans une équipe de résistants particulièrement autonome ( "Vous êtes grands, vous faites votre guerre vous-mêmes"): le Groupe D du Service de sabotage Hotton. Leur but? Perturber les communications et les télécommunications de l'ennemi. Instaurer un climat d'insécurité pour l'occupant et ceux qui le soutiennent. Entre 1942 et l'arrivée des Américains en septembre 1944, dans la région de Chimay et Couvin, 250 hommes et femmes firent vivre ce qui fut l'un des plus puissants maquis de Wallonie. Stan et Ulysse (décédé le 18 février dernier à l'âge de 95 ans) racontent. Ils se souviennent des hold-up, des attaques de locomotive, des duels au revolver et des neutralisations de bourgmestres rexistes. Des trains qu'ils ont fait sauter, du câble Paris-Berlin qu'ils ont coupé, et des étoiles rouges sur leurs casques pour mettre les Allemands sur de mauvaises pistes... Aussi créatif que ses héros, ces self-made-men de l'embuscade et du sabotage, Benjamin Hennot affiche une nouvelle fois sa singularité. Extraits de westerns muets, images d'archives, interviews récentes, reliques propagandistes de Radio Bruxelles (le film commence avec Jan Grauls, bourgmestre collaborationniste du Groß Brüssel, qui exige la tranquillité et la sécurité en ville)... Stan et Ulysse a l'esprit inventif, le montage audacieux et rythmé (il fait même penser un instant au Delicatessen de Caro et Jeunet), et une bande son qui lui va bien au teint. Un appel à la résistance généralisée et une ode aux insoumis...