"The Prodigal Son"

Depuis un demi-siècle, Ry Cooder (Los Angeles 1947) mène une double vie. De session man, notamment chez les Stones fin sixties où il manoeuvre sur Sister Morphine la guitare slide, sa spécialité. Et puis d'artiste solo, comptabilisant 17 albums, celui-ci inclus. Ironiquement, c'est son travail de...

Depuis un demi-siècle, Ry Cooder (Los Angeles 1947) mène une double vie. De session man, notamment chez les Stones fin sixties où il manoeuvre sur Sister Morphine la guitare slide, sa spécialité. Et puis d'artiste solo, comptabilisant 17 albums, celui-ci inclus. Ironiquement, c'est son travail de producteur musical sur le film Buena Vista Social Club de Wim Wenders et sa BO , révélant en 1997 le sort d'anciens talents cubains négligés, qui demeure son plus grand succès commercial. Pointe latino d'un vaste iceberg musical où folk, blues, rock, sons hawaïens, bolero et bluegrass guident les multiplicités parfumées d'un constant voyage. Parfois via des thèmes sociaux où le roots fait de la résistance, comme sur l'ouvertement protest Election Special de 2012. Ici, Cooder se distancie de l'idéologie, même si les chansons incarnent toujours l'indépendance d'esprit face aux conservatismes. Le Californien ne compose donc que trois titres -dont l'épique Jesus and Woody- à égalité sentimentale avec les reprises de traditionnels et des deux incunables du bluesman Blind Willie Johnson. Tout cela navigue en sensualité funky, douceurs mississippiennes gospel ( Everybody Ought To Treat a Stranger Right) ou bouffée irlandaise assumée ( You Must Unload). Cela pourrait n'être qu'un recueil d'obsessions fossilisées mais Cooder a la grâce et le jus de transformer les vieilleries sans jamais jouer la carte d'un quelconque jeunisme numérique.