Une nuit londonienne de décembre. Contrastant avec le gel extérieur, la salle du Shepherd's Bush Empire cajole son vieil écrin, rassemblant entre stucs et fauteuils tassés un peu de poussière de la grandeur victorienne passée. Une graine de symbole possible pour celle qui s'y produit ce soir: Sarah Joyce est née en 1979 des amours illégitimes d'une expatriée anglaise à Islamabad et du cuisinier pakistanais de la famille. Vérité crue qu'elle ne découvre qu'à l'âge de 11 ans lorsque parents et progéniture se rapatrient en Angleterre. Rumer, le nom d'artiste qu'elle s'est choisi...

Une nuit londonienne de décembre. Contrastant avec le gel extérieur, la salle du Shepherd's Bush Empire cajole son vieil écrin, rassemblant entre stucs et fauteuils tassés un peu de poussière de la grandeur victorienne passée. Une graine de symbole possible pour celle qui s'y produit ce soir: Sarah Joyce est née en 1979 des amours illégitimes d'une expatriée anglaise à Islamabad et du cuisinier pakistanais de la famille. Vérité crue qu'elle ne découvre qu'à l'âge de 11 ans lorsque parents et progéniture se rapatrient en Angleterre. Rumer, le nom d'artiste qu'elle s'est choisi, est déjà un succès d'envergure outre-Channel: l'album, sorti là-bas le 1er novembre, s'est rapidement couvert d'or. La diffusion en Belgique a dû mystérieusement attendre plus de 3 mois, Seasons Of My Soul arrivant enfin sur nos rivages. La tête nourrie de ses 11 chansons gracieuses, on attendait le concert londonien, complet, avec des frimas d'impatience. Dans des lumières bleutées, entourée de 3 choristes et de 4 musiciens, Rumer s'installe en milieu de scène et, après 2 chansons, signifie qu'elle ne bougera plus un cil de sa position centrale. Brune un peu gironde, elle déplie les grandes ailes mélodiques de ses délices titrés Slow ou Healer: la voix est bien là, en lévitation sur des accords de piano ou de guitare qui font office de caresses prolongées. C'est de la pop-hammam: on s'y rend pour transpirer ses propres émotions et, dans la buée produite, s'évacuent peut-être quelques centaines de grammes d'angoisse existentielle. Reste qu'en scène, Rumer ne renoue pas vraiment avec sa magie discographique: trop statique, pas assez sensuelle. On peut y voir la trace d'une timidité un brin maladive, puisqu'elle annulera les interviews initialement pressenties pour le lendemain. On la croise au verre d'après gig, mais sa présence d'animal farouche n'incite guère à provoquer la rencontre. Elle s'est déjà épanchée sur son difficile passé dans la presse anglaise, guère réputée pour sa délicatesse biographique: enfant illégitime puis adolescente en quête de vérité spirituelle -elle séjournera dans une communauté gérée par une baronne philanthropique- avant de taper dans l'oreille de Burt Bacharach. Le génial compositeur américain en est tellement bluffé qu'il lui offre un ticket d'avion pour l'entendre " in vitro" dans son salon californien. Avant Noël, ils sortent même un EP complice. On comprend pourquoi: Rumer a la qualité vocale d'une Dionne Warwick -interprète historique de Burt- et son album, qu'elle a composé quasi intégralement, est excessivement accrocheur. Radio- phonique à la manière des ballades de Karen Carpenter, Carole King ou Simon, échappées sixties/seventies mirifiques. Même si dans le cas de Rumer, une quiétude musicale magnifiée dissimule à peine les accidents émotionnels de sa jeune vie... l RUMER, SEASONS OF MY SOUL, DISTRIBUÉ PAR WARNER. WWW.RUMER.CO.UKPHILIPPE CORNET