Lucas Santtana
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Lucas Santtana DISTRIBUÉ PAR NO FORMAT!/PIAS. 8 Robben qui file, Thiago Silva qui l'accroche: penalty. Dès la 3e minute du match, les Auriverde ont dû piger. Après avoir bu le calice jusqu'à la lie en demi-finale face à l'Allemagne, l'équipe de Brésil terminait sa Coupe du monde en perdant la "finale de consolation" contre les Pays-Bas. Peu importe: "La Hollande de Van Persie a beau récolter des crevettes de première qualité", chante Lucas Santtana, le Brésil lui a au moins le soleil, la mer, et puis, tiens! cette petite brunette, qui se balade là, sur la plage (Mariazinha Morena Clara)... Et tant qu'on y est, la musique aussi. Le pays peut être secoué socialement, avoir même perdu son football, il lui reste au moins cette branche à laquelle s'accrocher: la partition brésilienne, immense et complexe, à l'image du pays. Lucas Santtana (Salvador de Bahia, 1970) la connaît par coeur. Question de fibre familiale: son père producteur, Roberto Sant'Ana, a grandement contribué au rayonnement du courant tropicaliste. Cousin de Tom Zé, il invitait également régulièrement à la maison Caetono Veloso ou Gilberto Gil. Ce dernier fera d'ailleurs bosser le fiston dans son groupe. Une évidence? Pas forcément. Ado, Lucas Santtana a surtout étudié la musique classique européenne (Bach, Beethoven...). Un pied dedans, un pied dehors: depuis la sortie de son premier album -Eletro Ben Dodo (2000)-, Santtana louvoie, s'acharnant à ouvrir grand les fenêtres, histoire de ne pas laisser les musiques brésiliennes devenir une carte postale de plus. La démarche n'est pas toujours simple à faire passer. Par ici, ce n'est réellement qu'avec O Deus Que Devasta Mas Também Cura, son 5e disque sorti en 2012, que Santtana fera réellement parler de lui. Un album qui partait de l'héritage national pour en faire un objet pop post-moderne, sans jamais que le geste ne paraisse emprunté. Santtana remet ça avec son nouveau Sobre Noites E Dias. Il suffit par exemple d'écouter Particulas De Amor. A priori, c'est deux fois rien, une petite sortie amoureuse légère et volatile, mais piquée pour le coup d'électronique. Sur Funk Dos Bromânticos, peut-être le morceau le plus réussi du disque, la "collision" des genres est plus frontale, plus jouette aussi -crash de violons à la Philip Glass, guitare vrombissante new wave, bourrade électronique (l'Allemand Daniel Haaksman)... Même le texte envoie valser joyeusement les catégories (et les genres) ("Para eles o amor é livre"-"Pour eux, l'amour est libre"). Cela se joue aussi au niveau des langues: le Brésilien se met (un peu) à l'espagnol, à l'anglais (Let The Night Get High, Blind Date). A Human Time, dramaturgie tout en cordes et hautbois, il greffe les machines et le grain enfumé de Fanny Ardant. Signé aujourd'hui sur un label français, Santtana invite même le rappeur Féfé (Diary of a Bike). La collaboration n'apporte pas grand-chose, mais ne remet pas en cause pour autant le programme de rénovation du jour. Il ne s'agit jamais de ruer dans les brancards -Santtana ne brûle aucune icône, la seule chose qu'il allume partant toujours de l'intime-, mais plutôt de continuer à perfectionner son art: celui d'une pop brésilienne douce-amère, et à vrai dire assez irrésistible. EN CONCERT LE 27/11, AU BOTANIQUE, BRUXELLES. LAURENT HOEBRECHTS