Bruxelles, 1991, La Monnaie. Engoncés dans leurs tuxedos, les hommes prêtent le bras aux femmes sorties d'un casting top pimbêche. Ils sont sidérés: devant les marches de l'opéra, une bande de gueux, de romanichels de 15 à 70 ans, de bohèmes louches, de tronches de l'Est, tripotent leur violon, chantent comme des zèbres des Carpathes et trimballent un cymbalum, sorte de piano à cordes joué avec ce qui évoque deux pattes de poulet (mort). Effronterie supplémentaire: la bande (of gypsies) rom et roumaine fait la manche. La tronche du bourgeois éberlué en cette fin septembre 1991 est hautement jouissive: les dix musiciens du Taraf de Haïdouks font grande impression via une musique baroque et fruitée, gondolant toute bienséance. Même cru branquignol les deux jours suivants: le Taraf mange de la polenta bouillante versée à même la table, le Taraf boit des coups, le Taraf fume et met Bruxelles en bastringue, y compris sur la scène du 140 où l'un des aînés, Nicolae Neacsu, fait grincer la corde de son violon comme on égrène la souffrance du pendu du Mississippi, versant Danube. Le premier album de Taraf de Haïdouks -traduisez par "bande de brigands" - vient alors de sortir chez Crammed. ...