On sait que la notion d'underground n'est pas la même pour les Français, les Américains et les Anglais. Au sud de la frontière, on le considère souvent comme l'antichambre du mainstream, toute proposition artistique valable étant considérée comme vouée à un jour percer. Dans le monde anglophone, c'est très différent. Selon Wikipédia UK, y est en effet considérée underground "toute forme d'art qui opère en dehors des normes conventionnelles". Une contre-culture, donc, ou du moins une alternative qui peut fonctionner, y compris financièrement, sans ne jamais rencontrer le succès populaire. C'est quasi pareil en Belgique, pays où nombre d'artistes peuvent vivoter mais aussi tourner et même vendre, y compris à l'étranger, sans que le grand public ne le sache ou ait même la moindre chance de le savoir. C'est que depuis 30 ans au moins, nos médias, y compris culturels, ont pour la plupart la triste réputation de manquer à la fois d'ouverture et de curiosité; plus habitués à régurgiter la prom...

On sait que la notion d'underground n'est pas la même pour les Français, les Américains et les Anglais. Au sud de la frontière, on le considère souvent comme l'antichambre du mainstream, toute proposition artistique valable étant considérée comme vouée à un jour percer. Dans le monde anglophone, c'est très différent. Selon Wikipédia UK, y est en effet considérée underground "toute forme d'art qui opère en dehors des normes conventionnelles". Une contre-culture, donc, ou du moins une alternative qui peut fonctionner, y compris financièrement, sans ne jamais rencontrer le succès populaire. C'est quasi pareil en Belgique, pays où nombre d'artistes peuvent vivoter mais aussi tourner et même vendre, y compris à l'étranger, sans que le grand public ne le sache ou ait même la moindre chance de le savoir. C'est que depuis 30 ans au moins, nos médias, y compris culturels, ont pour la plupart la triste réputation de manquer à la fois d'ouverture et de curiosité; plus habitués à régurgiter la promotion prémâchée par les labels établis qu'à aller défricher les cultures émergentes sur leurs propres terrains, forcément peu balisés. Facteur aggravant: en dehors du Grand Jaaaacques, d'Annie Cordy, de Plastic Bertrand et de Stromae, les artistes musicaux belges les plus emblématiques ont pour la plupart toujours oeuvré dans le rock crade, le hardcore brutal, l'électro faussement nazie et le hip hop aux lyrics incompréhensibles pour quiconque domicilié à plus de dix arrêts de tram 55 de la Cage-Aux-Ours. Forcément, les radars et les lignes éditoriales de la RTBF, de Bel-RTL et des grands quotidiens ont donc souvent ignoré ces héros de l'ombre, les présentant dans le meilleur des cas à leur public comme des monstres de foire, le temps de séquences improbables et d'articles approximatifs souvent depuis devenus cultes chez les rieurs. Comme le souligne très justement le dossier de presse de l'appli Belgium Underground, c'est bien pourquoi l'underground de nos régions a toujours prôné "l'autogestion, les fanzines plutôt que la grande presse, le fonctionnement en réseau, le support cassette et vinyle et les labels indépendants avec une forte identité musicale et graphique". On peut voir ça comme un pis-aller mais c'est surtout un choix, celui du DIY, qui refuse les modèles imposés et définit les modalités du travail artistique. Pensée par David Mennessier et Benoit Deuxant, tous deux passionnés de musiques depuis le biberon, l'appli Belgium Underground de PointCulture répond elle-même à ces critères. Même si l'initiative a été applaudie par Joëlle Milquet, elle ne risque pas d'émouvoir le grand public, ne cherche pas à s'imposer comme encyclopédique et suivrait même plutôt une ligne éditoriale que l'on suppose répondre aux propres coups de coeurs, centres d'intérêt et autres tocades de ses concepteurs. Il ne s'agit pas là de minimiser le travail fourni, altruiste et titanesque du haut de ses 3000 références (musiciens, producteurs, graphistes, disquaires...) cartographiées en six parcours intuitifs et ludiques (punk, wave, arty, new-beat, guitares et micro-labels). C'est "un foisonnement d'histoires croisées, explique le dossier de presse, d'images et de références d'époque, le tout animé par une interface originale qui traduit la profondeur et la richesse de ce champ musical et artistique". Bref, une invitation à (re)découvrir des pans méconnus, éventuellement oubliés et parfois même très obscurs de notre patrimoine musical. "Ouais mais il manque plein de trucs", a-t-on pu déjà lire sur Facebook. Normal, pour un site évolutif en pleine phase de lancement, dont la mission principale est de défricher, de permettre la découverte ou même la vérification de certaines connexions, connivences et autres héritages entre musiciens, labels, lieux et disquaires. L'appli et son orbite directe prévoient des mises à jour régulières, des capsules vidéo, des photographies, une expo et même un blog où suivre l'actualité musicale underground d'aujourd'hui. Raconter les histoires, par contre, c'est plutôt aux médias de le faire. C'est à nous de les écrire ou de les répéter, de les recontextualiser surtout, et cela, non pas dans un accès de nostalgie ou pour surfer sur un énième revivalisme mais bien parce que cet underground, ses légendes, ses petits secrets et même ses grands moments de solitude ont souvent façonné notre présent artistique, parfois même beaucoup plus que l'on ne se l'imagine. Notre job, donc, et c'est bien la raison première d'une série d'articles à suivre tout au long du trimestre sur www.focusvif.be. Dix histoires d'albums marquants même si parfois méconnus et surtout totalement représentatifs d'un underground belge qui ne se résume pas qu'à de la musique pour drogués habillés en noir et autres chevelus satanistes tatoués puisque cette éthique, ces idées et ce mode opérationnel underground ont aussi secoué la chanson française, la synth-pop, l'électronique de salon, le post-rock ainsi que le punk-garage mélodique. TEXTE Serge Coosemans