DE NIK COHN, ÉDITIONS FOLIO, TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR NICOLAS RICHARD, 144 PAGES.
...

DE NIK COHN, ÉDITIONS FOLIO, TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR NICOLAS RICHARD, 144 PAGES. Journaliste (et mythique fondateur de la critique rock), l'Anglais Nik Cohn est aussi romancier, et les deux manières de tenir la plume se sont probablement télescopées un beau jour de 1975 de son affolante carrière. Londonien alors fraîchement débarqué à Big Apple, le reporter vend au New York Magazine un papier intitulé Tribal rites of the New Saturday Night. Il prétend y rendre compte, dans un style proche du gonzo, des tribulations de Vincent, jeune Italien de Brooklyn, vendeur de peintures à la petite semaine qui, tous les samedis soirs, se prend pour Al Pacino dans un club de disco. Très vite, le long article inspire au cinéaste John Badham le film Saturday Night Fever (sorti en 1978), avec un jeune Travolta se démenant dans des pantalons en polyester sur une B.O. des Bee Gees. Et le papier balancé sans trop de conviction (Cohn l'a toujours considéré comme un texte mineur) de devenir le manifeste de l'explosion disco -ou quasi. Vingt ans après sa parution, Cohn avouera la mystification, reconnaissant avoir monté de toutes pièces un pseudo-reportage brooklynien en réalité tiré de ses expériences de la scène moderniste londonienne au mitan des sixties... Quarante ans après, le texte est aujourd'hui publié pour la première fois en français, tel qu'en lui-même, dans ce genre hybride de fiction et de reportage. On y suit, au son de Fly, Robin, fly et de You sexy thing, les quelques représentants du très fermé cercle des "Faces" -" une infime minorité, peut-être deux sur cent, qui savait comment se fringuer et comment bouger, comment flotter et comment voler". Cohn, en retrait et en costard, y observe ces jeunes qui dansent au 2001 Odyssey club (...), adoptent un code vestimentaire strict -six chemises à fleurs et deux paires de mocassins Gucci-, se bagarrent, excitent les chiens, jettent les filles et règlent des comptes. Les dés ont beau avoir été pipés, Cohn a semble-t-il su, d'un échantillon de jeunesse à l'autre, capter une sorte d'archétype. Celui d'une frange qui, entre narcissisme, fureur et rivalité, attise toujours plus la flamme sans trop savoir ce qui brûle en dessous. Qui se fixe des codes d'appartenance censément rebelles et forcément déjà datés. Une génération en plein âge d'or mais en bordure de monde, qui ne risque pas un pied dans l'âge adulte -synonyme d'asphyxie. Le recueil passe ensuite à d'autres histoires américaines, moins célèbres mais tout autant piquées sur le vif. Dans Passer 24 heures sur la 42e rue, on suit un journaliste (Cohn, à coup sûr) au royaume des bas-fonds -entendez la 42e rue à NY un soir des années 70. Cohn y entrouvre en panoramique un paradis de loseurs et d'entourloupes où, à l'image de ce qui chauffe sous les néons des vitrines, tout est en toc -jusqu'à la fausse coke qui s'y monnaie en lieu et place de l'oubli. Dans La dernière course, on est encore dans l'envers du décor, pendu à ces silhouettes de voyous adeptes des courses de voitures défoncées. Un univers désenchanté qui patauge dans le cambouis de l'après James Dean. Ici, comme ailleurs, Nik Cohn fouille une jeunesse cramée, ses rites trompe-la-mort et ses non-visions d'avenir. Une réelle fascination chez lui. Sa dernière descente connue en témoigne d'ailleurs, qui l'a vu débarquer en écrivain blanc chez les rappeurs de la Nouvelle-Orléans ( Triksta, éditions de l'Olivier). Aux dernières nouvelles, l'homme n'en est jamais remonté, qui est depuis carrément devenu producteur de hip hop... l YSALINE PARISIS