Trop souvent, les codes et les couleurs du photojournalisme sont considérés comme sacrés. Il serait sacrilège d'oser les remettre en cause. C'est pourtant ce que fait le photographe irlandais, basé à Berlin, Richard Mosse (1980, Kilkenny) qui pose la question: quelle tonalité donner à la gue...

Trop souvent, les codes et les couleurs du photojournalisme sont considérés comme sacrés. Il serait sacrilège d'oser les remettre en cause. C'est pourtant ce que fait le photographe irlandais, basé à Berlin, Richard Mosse (1980, Kilkenny) qui pose la question: quelle tonalité donner à la guerre, quelle variante chromatique pour la détresse? L'homme part du principe qu'il y a "un éventail de formes d'art au-delà du photojournalisme qui sont en mesure de faire appréhender les réalités conflictuelles". Cette recette lui a plutôt réussi: on ne compte plus les prix qu'il a empochés. D'emblée, son site affiche la couleur, celle des rayons X. Une grande image d'un camp de réfugiés ouvre le bal. La photographie est extraite de la série Incoming qui se penche sur la question des migrants d'une manière inédite. Ici, les portraits, les plans larges et les scènes prises sur le vif sont issues d'un appareil photo militaire classé "arme de guerre" en termes de droit international. Équipé d'un dispositif qui détecte la chaleur des corps, l'engin en question est capable de repérer un individu à une distance de 30 kilomètres à la ronde. On fait défiler ces images ahurissantes dans le plus grand des silences. En comparaison, les photographies infrarouges sur la guerre en République Démocratique du Congo, qui ont fait connaître Mosse, semblent presque anodines. À moins que ce ne soit l'oeil, ce grand cannibale, qui s'est habitué... WWW.RICHARDMOSSE.COMM.V.