Essayiste, romancier, intellectuel et homme politique (il a été vice- président du gouvernement nicaraguayen par le Front Sandiniste en 1984), Sergio Ramirez a aussi reçu en 2017 avec le Prix Cervantes la plus haute distinction littéraire dans le monde hispanophone. Pas étonnant qu'avec un tel curriculum, l'un des dirigeants de la révolution contre Somoza épouse la grammaire du polar pour dénoncer une société gangrenée par la corruption et les luttes de pouvoir. On retrouve dans le successeur d' Il pleut sur Managua (2011) l'inspecteur Morales, personnage récurrent de Ramirez, ancien guérillero devenu détective privé depuis que le capitalisme a laissé sur le carreau les héros de la revolucion. Engagé par un homme d'affaires véreux afin de retrouver sa très jeune belle-fille, Morales nous emmène avec une verve féroce dans les bas-fonds de la capitale Managua. L'enquête, certes haletante, n'est finalement qu'un prétexte à ausculter les dysfonctionnements de l'héritage de Daniel Ortega. Humour cinglant, personnages hauts en couleurs (Vadémécum, Le Roi des Vautours, Rambo, Bob L'éponge, la Révérende, Tongolele, Lord Dixon...), sens du dialogue drôle et aiguisé font de ce Retour à Managua un polar aussi truculent que puissant et contemporain.

De Sergio Ramirez, éditions Métailié/Noir, traduit de l'espagnol (Nicaragua) par Anne Proenza, 333 pages.

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