C'est bien de "reconnaissance" qu'il s'agit dans cet accrochage minimaliste -une quinzaine d'oeuvres tout au plus. Celle-ci est tissée entre deux pratiques, celle de Zorka Ságlová, artiste tchèque disparue en 2003 d'une part, et de l'autre, celle d'Agnès Thurnauer (1962, Paris), plasticienne travaillée par la question de la représentation du féminin dans l'art. Pour donner le ton, un mur de la galerie convoque la pensé...

C'est bien de "reconnaissance" qu'il s'agit dans cet accrochage minimaliste -une quinzaine d'oeuvres tout au plus. Celle-ci est tissée entre deux pratiques, celle de Zorka Ságlová, artiste tchèque disparue en 2003 d'une part, et de l'autre, celle d'Agnès Thurnauer (1962, Paris), plasticienne travaillée par la question de la représentation du féminin dans l'art. Pour donner le ton, un mur de la galerie convoque la pensée percutante de Maurice Merleau-Ponty: " Dans l'expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée et la sienne ne font qu'un seul tissu (...)" . À propos de cette question, l'auteur de L'OEil et l'Esprit précise avec pertinence qu'une conversation entamée de la sorte est " une opération commune dont aucun de nous n'est le créateur". Dans ce cas précis, cette dimension est renforcée par l'absence de cartels. Immergé dans la salle, on ne sait qui a fait quoi, on évolue dans un état incertain, propice à la contemplation. Cette confusion est salutaire car elle permet de s'embarquer au fil de toiles dont la grammaire formelle simplifiée suggère des rythmes, des langages. " Agnès Thurnauer et Zorka Ságlová ont en commun le goût de l'expérimentation. Faire, défaire, refaire, c'est ainsi qu'elles interrogent l'espace et la temporalité, précise très justement Christelle Havranek dans un petit texte annexe. L'une peint comme on tisse, l'autre peint comme on écrit." Mais il n'est pas seulement question de peinture. Le sol de la galerie Valérie Bach fait place à Matrice, une remarquable oeuvre sculpturale d'Agnès Thurnauer. Celle-ci se présente comme un abécédaire en creux. On pense aux petits cubes de bois qui permettaient autrefois d'apprendre l'alphabet. Voir ainsi le langage à terre, articulé-désarticulé, bouleverse le regardeur en ce qu'il découvre non plus un signe mais une simple forme... Parmi toutes les autres du monde. Une déception? On peut y voir un soulagement: celui d'une inscription dans le monde.