Juste avant les fêtes, les rockeurs écolos et poilus de Snapped Ankles sortaient du bois et dévoilaient un clip hilarant annonciateur de leur deuxième album. L'un des Londoniens, planqué sous une peau de bête (parfois ils se cachent aussi sous des feuilles et ressemblent aux esprits de la forêt croisés dans Le Seigneur des anneaux), descendait d'un arbre touffu pour donner, au beau milieu d'un espace vert urbain, un cours de yoga à des employés de bureau en chemisier, tailleur et costard-cravate.
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Juste avant les fêtes, les rockeurs écolos et poilus de Snapped Ankles sortaient du bois et dévoilaient un clip hilarant annonciateur de leur deuxième album. L'un des Londoniens, planqué sous une peau de bête (parfois ils se cachent aussi sous des feuilles et ressemblent aux esprits de la forêt croisés dans Le Seigneur des anneaux), descendait d'un arbre touffu pour donner, au beau milieu d'un espace vert urbain, un cours de yoga à des employés de bureau en chemisier, tailleur et costard-cravate. Les Anglais qui avaient intitulé leur premier album Come Play the Trees et l'un de leurs tout premiers morceaux True Ecology (Shit Everywhere) sont en phase avec leur temps. À l'heure où les gamins de Belgique et d'ailleurs brossent les cours et descendent dans la rue pour crier leurs inquiétudes et leurs aspirations écologistes aux oreilles sourdes et hypocrites (si si, encore et toujours) du monde politique, cette heure de plus en plus grave à laquelle notre pays distribuerait 2,7 milliards d'euros d'avantages fiscaux par an aux énergies fossiles (entre le support au mazout de chauffage, l'appui aux voitures de société et l'exemption de taxes sur le kérosène...), les Snapped Ankles font office de groupe vert 2.0. À la fois primitifs et futuristes, passionnés par les machines, citadins et intimement liés à la nature. Après l'EP Violations sur lequel ils reprenaient les Fugs, Can et Joey Beltram pour les joies du Record Store Day, Paddy Austin et ses cinglés de potes dégainent déjà leur deuxième album. À nouveau produit et mixé par Danalogue (partenaire de Shabaka Hutchings au sein de The Comet Is Coming), Stunning Luxury est un nouveau manifeste de dance music artisanale. Faite à la main. Sans ordinateur. Un cocktail de post-punk, de no wave, de krautrock taillé pour les raves forestières et les soirées underground dans des caves moites où poussent des champignons. Hallucinogènes à coup sûr. Hommes des bois dans la ville, les Snapped Ankles ne sont pas tombés dans le concept album. Mais ils y parlent surtout de gentrification, de communautés détruites par la spéculation immobilière et d'artistes instrumentalisés pour réhabiliter des quartiers et faire flamber les loyers... "Pestisound, Pestisound. Pour some concrete in the ground (...) Don't blame us for this capitalist mess." Les Chevilles Brisées (un clin d'oeil à Misery) ont le sens de la formule et détiennent toujours celle d'un rock qui fout des coups de pied au cul et des fourmis dans les jambes. Dansez les éclopés! Moins tribal que son prédécesseur même s'il lui reste çà et là l'héritage d'un Konono ( Delivery Van, Skirmish in the Suburbs), Stunning Luxury fait du punk avec Can et Kraftwerk, a le sens du groove et aime toujours partir à l'aventure. Letter from Hampi Mountain semble taper la java avec Omar Souleyman. Three Steps to a Development se la joue carrément clubbeur. Irrésistible.