Pionniers du mouvement, ils furent les premières "pop stars" du rap -bien avant que la musique ne domine les hit-parades. Près de trois décennies plus tard, NTM, les Parisiens, et IAM, les Marseillais, font toujours parler d'eux. Les premiers avec la parution cette semaine d'un témoignage live de leur ultime tournée, La Der. Les seconds, en continuant de sortir régulièrement des albums ( Yasuke, en 2019). Ces derniers mois, ils se sont également retrouvés en librairie. Avec pour le coup, des projets fort différents.
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Pionniers du mouvement, ils furent les premières "pop stars" du rap -bien avant que la musique ne domine les hit-parades. Près de trois décennies plus tard, NTM, les Parisiens, et IAM, les Marseillais, font toujours parler d'eux. Les premiers avec la parution cette semaine d'un témoignage live de leur ultime tournée, La Der. Les seconds, en continuant de sortir régulièrement des albums ( Yasuke, en 2019). Ces derniers mois, ils se sont également retrouvés en librairie. Avec pour le coup, des projets fort différents. À tout seigneur, tout honneur, quelques mots d'abord sur IAM -puisque c'est bien en tombant sur la cassette de Concept, leur premier album, que JoeyStarr convaincra Kool Shen de se lancer. " Tout au long de cette carrière de plus de 30 ans, nous avons pris la parole mais nous nous sommes peu racontés" , explique le groupe phocéen en préambule. " Il était temps de mettre à plat notre vision des choses." Une idée plutôt excitante sur le papier, mais qui aboutit à un drôle d'objet . Entre la pierre et la plume est moins un récit historique qu'une sorte de programme esthético-politique d'IAM. Soudé comme jamais, le groupe a décidé de parler d'une seule voix. Problème: savoureux en interview, IAM se contente ici de généralités -auxquelles même les interventions plus personnelles, disséminées ici et là, ne parviennent pas à donner un peu de chair. Pire: l'exercice fait surtout ressortir les côtés les plus "conscients", voire moralisateurs du groupe. " Malheureusement, il est difficile de se débarrasser des étiquettes", se défend IAM. Et comment... De son côté, l'ouvrage que Pierre-Jean Cléraux et Vincent Piolet consacrent à NTM est tout l'inverse. Dans la fièvre du Suprême est fouillé, précis, bourré de détails. Peut-être parce que les deux principaux protagonistes en sont absents -les seuls propos directs de Kool Shen sont ceux que Vincent Piolet avait déjà pu récolter pour son indispensable Histoire du rap français ( Regarde ta jeunesse dans les yeux, éditions Le mot et le reste). Si le rap n'a pas toujours été bien documenté (c'est en train de changer), le parcours de NTM, par contre, a toujours été abondamment commenté -outre la récente bio "officielle" signée Olivier Cachin, JoeyStarr a déjà eu droit non pas à une, mais bien deux autobiographies. Dans la fièvre du Suprême parvient pourtant à ajouter son grain de sel, en ne parlant quasi que de musique. La couverture, sur laquelle figure également DJ S, présent sur les premiers albums des rappeurs dionysiens, est déjà un indice: si Kool Shen et JoeyStarr sont bien les deux locomotives, l'histoire du Suprême NTM est bien plus large. La parole est ainsi donnée aux danseurs, backeurs de l'ombre, graphistes, chefs de projet, ingés son, photographes... Et de tracer ainsi la courbe fulgurante d'un duo de rappeurs qui auront su compenser leurs limites techniques par une force de frappe et une énergie toujours inédites sur la scène musicale française.