"Years in Marble"

Les classiques de folk français, c'est un peu comme les grands albums de rock portugais, ça ne court pas spécialement les rues. Derrière ses allures (sa moustache surtout) de Lee Hazlewood des temps modernes, Raoul Vignal cache un singer-songwriter doué qui a fait son trou à Berlin et sort aujourd'hui avec Years in Marble, son troi...

Les classiques de folk français, c'est un peu comme les grands albums de rock portugais, ça ne court pas spécialement les rues. Derrière ses allures (sa moustache surtout) de Lee Hazlewood des temps modernes, Raoul Vignal cache un singer-songwriter doué qui a fait son trou à Berlin et sort aujourd'hui avec Years in Marble, son troisième album sur le label bordelais Talitres habitué par la force des choses à s'en aller chercher beaucoup de ses artistes à l'étranger. Écrit dans l'intimité et le calme d'une cuisine parisienne, puis enregistré dans la sérénité de la campagne lyonnaise avec pour seuls acolytes Lucien Chatin (batterie) et Matteo Fabbri (ingénieur du son), Years in Marble illustre les talents délicats de ce guitariste aux doigts d'or. Il y a un côté Ryley Walker de Fourvières, Nick Talbot (feu Gravenhurst) des bouchons lyonnais chez lui. Comme eux, le natif de la Croix-Rousse envoûte, ensorcèle, égare. Years in Marble est un témoignage nuancé de notre époque. Vignal a abandonné une chanson qui dépeignait le monde au ralenti et les activités en pause (un quotidien et un état d'esprit dont on cherche tous à sortir) mais City Birds évoque des joueurs de cartes qui s'occupent comme ils peuvent dans une ville sans activité et Century Man raconte la perte d'un proche, une victime collatérale de la pandémie. Sa voix peut sembler banale. Avec ses guitares qui tournoient et ses chansons qui vrillent, légères et aériennes, Raoul nous parle avec ce langage mélancolique lumineux et universel. Tantôt plus pop ( To Bid the Dog Goodbye), tantôt (souvent) plus apaisé. Un disque qui ne devrait pas vous laisser de marbre.